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Au Mali, l'imam Dicko propose un nouveau pacte incluant le JNIM
Installé en Algérie, l'influent leader religieux s'impose désormais comme l'unique médiateur capable de dialoguer à la fois avec la classe politique et les groupes djihadistes, selon des révélations faites ce lundi sur France 24
 

(SenePlus) - Trois ans après son départ du Mali, l'influent leader religieux Mahmoud Dicko s'affirme comme médiateur entre les oppositions politiques et armées, y compris avec le JNIM, filiale d'Al-Qaïda au Sahel. Dans un entretien accordé à France 24, il dessine les contours d'une opposition unifiée face aux militaires au pouvoir.

Installé en Algérie depuis 2023, l'imam Dicko est devenu malgré lui la figure symbolique de la nouvelle opposition malienne, a révélé France 24 dans un entretien diffusé ce lundi 16 février 2026. "Il n'a pas choisi ce rôle", précise le journaliste Wassim Nassr, qui a échangé avec l'imam en marge de la 6e édition de la conférence africaine pour la promotion de la paix organisée à Nouakchott.

C'est la Coalition des Forces pour la République (CFR), nouvelle formation de l'opposition malienne, qui a fait appel à Mahmoud Dicko pour qu'il joue un rôle "d'intermédiaire ou de régulateur ou de garant" dans les discussions avec les différentes parties présentes au Mali.

L'aspect le plus surprenant de cette démarche réside dans l'acceptation par le JNIM, la filiale sahélienne d'Al-Qaïda, du rôle de médiateur de l'imam Dicko. "Le JNIM qui est l'acteur militaire dominant l'accepte", affirme le journaliste de France 24, soulignant que Dicko est "la seule personnalité malienne acceptée et respectée par tous les partis, y compris le JNIM".

Cette position unique s'explique par une "sorte d'équilibre des forces entre tous ces acteurs qui trouvent un intérêt aujourd'hui à se réunir", analyse France 24. Le CFR cherche une assise populaire, l'imam Dicko un nouvel élan politique, et le GNIM "un interlocuteur politique fiable".

France 24 rappelle que le JNIM est devenu la force qui "donne le là" au Mali, imposant notamment le port du voile aux femmes sortant de Bamako. "C'est moins un côté idéologique et religieux que les deux, mais c'est plutôt le facteur politique de dire : voilà, c'est moi qui décide, c'est pas l'État malien", explique le journaliste, décrivant un "changement de paradigme" où le groupe cherche à "casser l'aura de l'État".

Pas d'appel à l'insurrection pour éviter un bain de sang

Dans ses échanges avec France 24, l'imam Dicko a clairement indiqué qu'il avait "très peu d'espoir dans une négociation" avec la junte actuellement au pouvoir. Son objectif est de rassembler les oppositions : l'opposition politique en exil, la société civile sous pression, et l'opposition armée, incluant les Forces de Libération de l'Azawad (FLA) du Nord et le JNIM.

"Il ne souhaite pas appeler à l'insurrection populaire parce que ses soutiens dans la capitale subiraient une répression féroce", rapporte France 24. L'imam cherche plutôt à "mettre fin au bain de sang actuellement au Mali" et à "désamorcer cette violence avant qu'elle n'arrive".

Selon France 24, Dicko anticipe un scénario catastrophe : "Plus le temps passe, plus le JNIM est en force et plus on risque par exemple un bain de sang dans la capitale ou dans des grandes villes." Son rôle consisterait alors à appeler ses soutiens "à rester de côté, à ne pas s'affronter à l'armée" si le JNIM arrivait aux portes de Bamako.

Pour l'imam Dicko, la pacification du Mali passe par "une inclusion du JNIM autour d'une table" et une refonte du système politique "dans le cadre de la République". Les revendications des populations soutenant le JNIM (Peuls du centre, Touaregs et Arabes du Nord) doivent être prises en considération pour créer "un nouveau système de gouvernance où le JNIM est inclus, donc un système islamique, mais qui ramènerait le GNIM à sa dimension malienne".

"Si une pacification est atteinte au Mali, de fait tout le reste sera de l'ordre du négociable et aura des réponses pour le reste, pour le Burkina par exemple ou le Niger", a-t-il affirmé.

France 24 a illustré l'urgence de la situation par des exemples récents d'attaques : samedi dernier, deux grandes attaques au Burkina Faso à Tandiari (est) et Titao (nord) ont fait "des dizaines de morts dans les rangs de l'armée burkinabè".

Plus préoccupant encore, l'État islamique au Sahel a démontré une nouvelle capacité militaire lors de l'attaque de la base 101 à l'aéroport de Niamey. "Une attaque de nuit avec des drones à vision thermique, avec un appui de mortier de l'extérieur de la base et avec des forces qui ont submergé la base et qui se sont retirées", détaille France 24, soulignant que contrairement aux attaques du JNIM où les assaillants meurent généralement sur place, "l'État islamique filiale Sahel a atteint un niveau de technicité qu'il n'avait pas avant".

Selon l'analyse de France 24, un "corridor" s'est ouvert depuis la filiale Afrique de l'Ouest de l'État islamique vers le Sahel via le Niger, suite à la chute du président Bazoum. "Les plaques sont en train de bouger au Sahel", conclut le journaliste.

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