Skip to main content
L'affaire Atangana, un scandale d'État franco-camerounais de dix-sept ans
Le documentaire de Katia Clarens retrace la descente aux enfers d’un jeune entrepreneur de 30 ans broyé par la rivalité politique entre Paul Biya et son ancien collaborateur Titus Edzoa
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=aMdbzLmplLM

(AfriquesPlus) - Au début des années 1990, la promesse d'infrastructures routières modernes pèse lourd dans la campagne de réélection de Paul Biya. Selon le documentaire de Katia Clarens diffusé sur la chaîne YouTube World View - Geopolitic, intitulé « France-Cameroun, les dessous de l'affaire Atangana », le président camerounais confie à un consortium franco-camerounais, Copisur, la construction de près de 800 kilométres de voirie. 

Michel Thierry Atangana, alors âgé de 30 ans, en prend la direction, sous la tutelle du secrétaire général de la présidence, Titus Edzoa. Lorsque ce dernier annonce en 1997 sa candidature à la présidentielle contre Paul Biya, la rupture est immédiate. Selon Edzoa lui-même, cité dans le film, la décision « était difficile », mais assumée. Le 12 mai 1997, Atangana est arrêté par une unité conjointe de l'armée et de la police, quelques jours avant la fête nationale camerounaise. Jugé en une seule nuit, sans avocat, il écope d'une peine de 15 ans, avant qu'un second procès, en 2012, ne la porte à 20 ans.

L'homme d'affaires est incarcéré non pas dans une prison ordinaire, mais dans une cellule aménagée au secrétariat d'État à la Défense camerounais, un lieu que le documentaire qualifie de véritable « Guantanamo camerounais ». Il y restera dix-sept ans, dans des conditions d'isolement quasi total, sans que la nationalité française d'Atangana, acquise en 1988, ne lui vaille de protection consulaire pendant treize ans. 

Le film évoque la disparition mystérieuse de son dossier à l'ambassade de France à Yaoundé, malgré son enregistrement dès son arrivée dans le pays. Ce n'est qu'à partir de 2009, avec l'arrivée de l'ambassadeur Bruno Gain, puis sous la pression conjointe d'Amnesty International, de Freedom House et du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, que le dossier avance. 

En 2013, le président François Hollande juge publiquement la situation « inacceptable ». Atangana est finalement libéré en février 2014, dans des conditions rocambolesques, escorté de nuit par un colonel français vers l'ambassade puis vers Paris. Douze ans plus tard, ses comptes camerounais restent gelés et il attend toujours une réhabilitation judiciaire, tandis que sa plainte pour détention arbitraire déposée en France suit son cours.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
1035
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3