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Le responsable de l'arbitrage avoue avoir influencé Maroc-Sénégal
Olivier Safari a avoué, devant un comité exécutif médusé, être intervenu en pleine finale de la CAN pour dicter à l’arbitre les cartons à distribuer aux Sénégalais. Une confession explosive rapportée par Romain Molina
 

Le comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), réuni vendredi 13 février en Tanzanie, a viré au chaos. Olivier Safari, responsable de la commission d'arbitrage, a avoué être descendu sur le terrain pendant la finale de la CAN pour influencer l'arbitre sur les cartons jaunes à distribuer aux joueurs sénégalais. Une confession explosive qui s'ajoute à une contestation inédite du président Patrice Motsepe par plusieurs dirigeants africains.

C'est lors des débats houleux sur l'arbitrage que le scandale a éclaté. Selon le journaliste d'investigation Romain Molina, qui décrypte les coulisses de cette réunion explosive dans une vidéo publiée vendredi, Olivier Safari a fait des révélations stupéfiantes devant le comité exécutif.

"Il est revenu sur la finale en disant : 'Oui, je suis descendu et j'ai dit à l'arbitre que voilà, si les joueurs du Sénégal, ils doivent prendre un carton jaune, c'est le règlement'", rapporte Romain Molina. Face à la stupeur des présidents de fédérations, quelqu'un a alors demandé : "Mais attendez, vous êtes en train de dire que vous êtes descendu pour essayer de l'influencer, lui dire quoi faire ?"

Cette ingérence directe du responsable de la commission d'arbitrage dans le déroulement d'un match a provoqué la consternation générale, selon le journaliste.

Les révélations d'Olivier Safari ne se sont pas arrêtées là. Le responsable congolais de la commission d'arbitrage a également admis que "des fois la VAR ne marchait pas, notamment à Mombasa pour Maroc-Tanzanie", précise Romain Molina.

Plus grave encore, Safari a laissé entendre qu'il n'avait pas eu "toute latitude" dans le choix des arbitres, avant de tenir des propos qui ont glacé l'assemblée : "Il leur a dit : 'Oui, mais vous comprenez, le statut de l'arbitre en Afrique ne va pas. Il faut les professionnaliser, il faut qu'ils soient payés tous les mois. Sinon, bah, ils peuvent aller voir ailleurs'", relate le journaliste.

"Je pose la question : ça veut dire quoi, ils peuvent aller voir ailleurs ? Ça veut dire qu'il ne faut pas s'étonner si une des parties va essayer d'interférer, leur proposer de l'argent ?", s'interroge Romain Molina, soulignant la gravité implicite de ces propos.

Motsepe contesté pour la première fois

Au-delà du fiasco arbitral, c'est toute la gouvernance de la CAF qui a été mise en cause. Pour la première fois de son mandat, le président Patrice Motsepe a été ouvertement contesté par des membres de son comité exécutif.

"Il a même été chahuté, je dirais pour la première fois en plein comité exécutif", affirme Romain Molina. Le président sud-africain a révélé sa méconnaissance de sa propre confédération en demandant : "Oh bon, mais c'était le même arbitre ?" lorsqu'on lui a fait remarquer que le même officiel avait dirigé le match d'ouverture et la finale de la CAN.

"Les présidents se sont regardés en disant : il est président de la CAF et ne sait même pas ça", rapporte le journaliste, qui ajoute : "Lorsque je vous dis qu'il n'est jamais là, que c'est juste un président de paille, presque un président d'images évidemment de Zurich, là vous en avez la preuve."

Samuel Eto'o, président de la Fédération camerounaise, a ouvertement exprimé son exaspération. Selon Romain Molina, la légende du football africain a lancé à Motsepe : "Écoutez grand frère, vous m'avez demandé de ne rien dire, de bien me tenir. Je n'ai rien dit, mais là, je n'en peux plus."

Le Camerounais a notamment dénoncé le fait que Motsepe ne réponde jamais directement à ses appels : "À chaque fois que je vous appelle, vous m'envoyez quelqu'un", alors qu'il attend "une discussion de président à président", rapporte le journaliste.

D'autres dirigeants se sont engouffrés dans la brèche, dénonçant "un problème de gouvernance globale", poursuit Romain Molina.

Appel au départ du secrétaire général

La rébellion s'est amplifiée avec la demande de départ immédiat du secrétaire général Veron Mosengo-Omba, réclamée par plusieurs poids lourds du football africain. "On a notamment Idriss Diallo de Côte d'Ivoire, Samuel Eto'o du Cameroun, Walid Sadi d'Algérie, Abou Rida d'Égypte", énumère Romain Molina, précisant qu'ils étaient "quatre ou cinq à réclamer directement son départ".

Le journaliste révèle que le secrétaire général, "excusé pour un deuil familial selon lui", n'a en réalité "plus le droit d'exercer depuis le 15 octobre et a eu de multiples rapports internes montrant les défaillances et dysfonctionnements".

Parmi ces dysfonctionnements : la nomination unilatérale du directeur juridique Cédric Agay, un Franco-Congolais, sans passer par le comité exécutif comme l'exigent les statuts. "À la CAF, on s'en fout des statuts. Si le secrétaire général veut nommer quelqu'un, il nomme quelqu'un", déplore Romain Molina.

Le journaliste décrit une organisation à la dérive, où les décisions se prennent sur WhatsApp. "Vous vous souvenez du passage de la CAN à 24 équipes ? Ils en ont surtout parlé sur WhatsApp. Des fois, les présidents disent : 'Oh, vous en pensez quoi de ça ?' Et certains répondent : 'OK, c'est bon'", révèle-t-il, stupéfait.

Il évoque également "des réunions secrètes tenues la semaine dernière au Caire entre certains vice-présidents et ce directeur juridique", comparant la situation à "House of Cards mélangé à des séries d'espionnage américaines".

Un tournant pour le football africain ?

Après ce comité exécutif chaotique où "aucun autre point n'a été abordé" selon Romain Molina, Patrice Motsepe s'est présenté en conférence de presse pour nier l'évidence. Il a assuré que la CAN 2027 (Kenya-Ouganda-Tanzanie) se tiendrait comme prévu, alors que "le président du comité d'organisation du Kenya a lui-même dit que ce serait mieux en 2028", révèle le journaliste.

Concernant la CAN féminine qui doit débuter "dans un mois", Motsepe a affirmé que "tout va bien", alors "qu'ils n'en ont pas parlé dans le comité exécutif", s'insurge Romain Molina. Le Maroc a demandé un report, l'Afrique du Sud a évoqué des difficultés, "mais on ne sait pas si la CAN féminine va avoir lieu".

Le journaliste rappelle également qu'il y a deux ans, "les états financiers publiés par la CAF ont été contestés par le responsable des audits de la CAF, le Marocain Zazi, qui a dit : 'Les états financiers qu'ils ont montrés ne sont pas vrais'".

Malgré le chaos ambiant, Romain Molina voit dans cette contestation inédite "une première étape" vers un possible changement. "Pour la première fois, on a eu Patrice Motsepe qui a été directement contesté au sein de son comité exécutif", souligne-t-il.

"Ce serait bien que le comité exécutif de la CAF, pour une fois, soit simplement le comité exécutif et montre qu'il a des responsabilités et un rôle réel de décision", plaide le journaliste, qui espère voir ces dirigeants dépasser "le mécontentement" pour agir "au-delà de l'intérêt du football africain".

Sa conclusion est sans appel : "C'est une CAF complètement à la dérive. Le navire tangue. Malheureusement, on a perdu une grande partie de la souveraineté du football africain."

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