(AfriquesPlus) - À Kinshasa, Lumière Kololo transforme une enfance marquée par la rue, les violences et l’abandon en une histoire de résilience. Aujourd’hui écrivain, ce jeune Congolais raconte son parcours dans « Balabala Ebota Mwana Te », un récit autobiographique qui témoigne aussi de la situation de nombreux enfants vivant dans les rues de la capitale.
Lumière Kololo avait dix ans lorsqu’il a passé sa première nuit dans la rue. Après avoir été agressé et dépouillé alors qu’il vendait des sachets, il affirme avoir été chassé du domicile familial lorsqu’il a raconté ce qui lui était arrivé.
Les années suivantes seront marquées par la précarité et les violences. Dans son livre, il raconte notamment avoir été victime d’un viol à l’âge de dix ans, une expérience qu’il dit avoir longtemps eu du mal à évoquer.
L’écriture lui permet progressivement de mettre des mots sur ces traumatismes et de reprendre confiance en lui.
« Quand j’écrivais, je me sentais bien. Ça m’a permis de m’en sortir », témoigne-t-il.
De la rue à la lecture
Lumière Kololo passera environ cinq ans dans la rue avant de trouver refuge dans un centre d’accueil. Il y apprend la menuiserie, mais découvre surtout la lecture.
Lui qui ne savait pas encore lire commence à apprendre l’alphabet et à déchiffrer les textes qu’il trouve. Cette découverte fait naître progressivement le désir d’écrire.
À 21 ans, il travaille déjà sur un deuxième roman autobiographique. Son parcours illustre la possibilité d’une reconstruction malgré une enfance profondément bouleversée.
Les « shégués », une enfance en marge
Son histoire renvoie à une réalité plus large à Kinshasa, où de nombreux enfants vivent dans les rues, souvent désignés sous le terme de « shégués ».
Il n’existe pas de statistiques officielles permettant d’établir précisément leur nombre. Des associations avancent toutefois le chiffre d’environ **50 000 enfants** concernés dans la capitale congolaise.
Certains centres d’accueil tentent de leur apporter hébergement, formation et accompagnement. Parmi eux, Mokili Na Poche accueille et accompagne des enfants en situation de rue.
Pour son directeur, Cédrick Tshimbalanga, le phénomène est lié à plusieurs décennies de crises sociales, mais aussi à la stigmatisation de certains enfants, notamment ceux accusés de sorcellerie.
Selon lui, ces accusations peuvent contribuer à leur rejet familial et les pousser vers la rue.
Un problème qui dépasse l’aide d’urgence
Pour les associations, la prise en charge ne peut cependant pas se limiter à fournir un abri. Elles demandent une action plus importante des pouvoirs publics en matière d’éducation, de formation professionnelle et de protection de l’enfance.
Cédrick Tshimbalanga estime que l'absence de perspectives pour ces jeunes peut favoriser leur marginalisation et leur exposition à la délinquance.
Il cite notamment le phénomène « Kuluna », terme utilisé à Kinshasa pour désigner certains gangs de jeunes impliqués dans des actes de violence et de délinquance.
Le parcours de Lumière Kololo montre pourtant qu’une autre trajectoire est possible. Après avoir connu la rue dès l’enfance, il a trouvé dans la lecture puis dans l’écriture un moyen de se reconstruire et de raconter ce que beaucoup d’autres enfants ne peuvent encore mettre en mots.