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Somalie, la piraterie revient
Après plusieurs années d’accalmie, les pirates somaliens reprennent la mer. Huit navires ont été détournés depuis fin avril, sur fond de guerre au Moyen-Orient, de trafic maritime bouleversé et d’instabilité persistante en Somalie
 

(AfriquesPlus) - La piraterie somalienne connaît un regain d’activité inédit depuis plusieurs années. Dans une analyse publiée ce 8 septembre 2026 par The Guardian, Mohamed Gabobe et Peter Beaumont décrivent la résurgence des détournements de navires au large de la Somalie, favorisée par les bouleversements géopolitiques au Moyen-Orient et l’instabilité persistante du pays.

Depuis la fin avril, huit navires auraient été pris en otage par des pirates somaliens, dont deux au mois d’août. Parmi les cibles figurent un pétrolier lié à l’Iran et le Lutuf, un navire battant pavillon camerounais transportant du matériel militaire destiné à la Turquie. Sa libération, après une opération conjointe turco-somalienne, aurait été accompagnée du versement d’une rançon de 2,5 millions de dollars, selon des responsables locaux.

Les auteurs relient cette recrudescence à la désorganisation du trafic maritime provoquée par la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Les attaques des Houthis contre les navires en mer Rouge ont notamment poussé une grande partie du trafic commercial à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Les forces navales internationales autrefois mobilisées contre la piraterie ont, elles aussi, réorienté une partie de leurs moyens vers les nouvelles menaces maritimes. Les cours élevés du pétrole rendent par ailleurs les cargaisons énergétiques plus attractives.

Le phénomène est également alimenté par la fragilité de l’État somalien. Depuis la chute de Mohamed Siad Barre en 1991, le pays reste confronté à des conflits armés, des rivalités claniques et une faible capacité à contrôler ses côtes. Le manque de moyens navals et les difficultés à rémunérer régulièrement les forces chargées de la surveillance maritime compliquent encore la lutte contre les groupes pirates.

Ces derniers semblent par ailleurs avoir adapté leurs méthodes. Certains utilisent désormais des navires précédemment détournés comme bateaux-mères pour attaquer d’autres bâtiments. Ils disposent également d’outils technologiques plus performants, notamment de Starlink, utilisé pour suivre leurs cibles et communiquer rapidement.

La reprise de la piraterie commence déjà à produire des effets économiques et sociaux dans certaines villes. À Galkayo, dans le nord du pays, des habitants ont signalé une circulation accrue d’argent depuis le paiement de la rançon du Lutuf, ainsi qu'une hausse de la consommation de khat et l'apparition de véhicules coûteux. Comme lors du précédent boom de la piraterie, les revenus issus des rançons pourraient donc transformer les économies locales et renforcer certaines formes de criminalité.

La libération du Lutuf illustre également le durcissement des moyens employés contre les pirates. Des frappes de drones turcs ont visé leurs positions à terre et en mer, tuant notamment neuf hommes armés. Mais les experts cités par The Guardian doutent qu’une nouvelle opération internationale de l’ampleur de celle menée au début des années 2010 soit aujourd’hui envisageable.

Pour les chercheurs Anja Shortland et Federico Varese, la réponse ne peut pas être uniquement maritime. La piraterie repose sur des réseaux économiques et politiques implantés à terre : tant que l’instabilité, la pauvreté et l’absence d’autorité étatique durable persisteront en Somalie, les opérations navales risquent de ne traiter que les symptômes du problème.

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