(AfriquesPlus) - Dans ce qui constitue le signal le plus spectaculaire de l’irruption de l’intelligence artificielle dans les mathématiques fondamentales, la société OpenAI a annoncé mardi avoir résolu l’un des célèbres « problèmes du millénaire ».
Dans un article paru dans le New York Times, le journaliste d’investigation Cade Metz rapporte qu’un modèle expérimental non encore rendu public a mis seulement 88 heures pour trouver une démonstration au problème d’existence et de régularité des équations de Navier-Stokes.
D’après les éléments techniques exposés par le quotidien américain, les équations de Navier-Stokes décrivent les mouvements des fluides et sont couramment appliquées aux prévisions météorologiques.
La question mathématique théorique consistait à déterminer si ces équations finissent par s’effondrer dans certaines configurations extrêmes, ce que la démonstration d’OpenAI affirme avoir formellement établi. Sébastien Bubeck, chercheur au sein de l’entreprise d’IA, salue « l’aboutissement spectaculaire de la trajectoire observée au cours des douze derniers mois ».
Pour parvenir à ce résultat, OpenAI a mobilisé jusqu’à 10 000 agents d’IA opérant de façon coordonnée via l’apprentissage par renforcement et le langage informatique formel Lean. Le chercheur Dan Roberts compare le rôle des scientifiques humains à « un bourdon assurant une pollinisation croisée entre les différents groupes pour transmettre les bribes d’information ».
Cette puissance de calcul a cependant nécessité des millions de dollars d’électricité et de puces spécialisées, un investissement colossal qualifié de « processus très coûteux » par le chercheur Noam Brown. La communauté mathématique accueille cet événement avec un mélange de fascination et d’inquiétude, rappelle le grand reporter du journal.
Désignés en l’an 2000 par l’Institut de mathématiques Clay avec une dotation d’un million de dollars par énigme, ces défis représentaient les piliers de la recherche moderne, dont un seul avait été surmonté jusqu’ici.
Médaillé Fields et professeur à l’UCLA, Terence Tao estime que « ces questions sont des phares », mais redoute que la machine n’affaiblisse la compréhension humaine des concepts fondamentaux : « L’effort nécessaire pour résoudre des problèmes est souvent très formateur. C’est comme aller à la salle de sport et avoir pour objectif de soulever un poids cent fois. Désormais, l’IA peut résoudre des questions sans en tirer la moindre valeur. C’est comme avoir des machines qui soulèvent les poids à votre place ».
Le mathématicien compare également l’entreprise californienne à un guide qui dégage un sentier unique vers une cascade, dissuadant les chercheurs d’explorer d’autres voies conceptuelles.
Cette annonce s’accompagne en outre de tensions autour de la primauté des découvertes, le professeur Tristan Buckmaster de l’Université de New York ayant révélé explorer une piste similaire avec un chercheur d’Anthropic, tandis qu’OpenAI assure n’avoir eu aucun accès à leurs travaux.