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Océans : la Tunisienne Amel Hamza-Chaffai porte l’expertise africaine à l’ONU
La professeure tunisienne Amel Hamza-Chaffai rejoint le groupe d’experts de l’ONU chargé d’évaluer l’état des océans. Une reconnaissance de l’expertise scientifique africaine sur les enjeux marins mondiaux.
 

(Afriquesplus)- La Tunisie s’offre une place de choix dans l’un des principaux mécanismes scientifiques internationaux consacrés à l’avenir des océans. La professeure Amel Hamza-Chaffai, spécialiste de l’écotoxicologie marine à l’Université de Sfax et membre de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts Beit al-Hikma, a été sélectionnée pour intégrer le Groupe d’experts du 4ᵉ cycle du Processus régulier des Nations unies pour l’évaluation mondiale de l’état du milieu marin, y compris ses dimensions socio-économiques.

L’information, rapportée par le quotidien tunisien La Presse, prend une dimension particulière au regard du rôle confié à ce groupe d’experts. Le Processus régulier de l’ONU rassemble des scientifiques du monde entier afin d’établir une évaluation intégrée de l’état des océans et de fournir aux gouvernements et aux décideurs des connaissances scientifiques susceptibles d’orienter les politiques publiques.

Une expertise de plus de trente ans sur les océans

La nomination de la scientifique tunisienne ne doit rien au hasard. Amel Hamza-Chaffai possède plus de trois décennies d’expérience dans le domaine de l’écotoxicologie marine. Professeure à l’Université de Sfax, elle travaille notamment sur la surveillance de la pollution marine, les biomarqueurs permettant de détecter ses effets, les perturbateurs endocriniens ainsi que les conséquences de la pollution sur les organismes marins et, plus largement, sur la santé humaine.

Selon sa fiche officielle publiée par les Nations unies, elle a coordonné 13 projets de recherche nationaux et internationaux et signé plus de 95 publications scientifiques évaluées par les pairs. Son expertise porte notamment sur le développement d’outils d’alerte précoce permettant de suivre la pollution et d’en mesurer les conséquences sur les écosystèmes marins.

Son parcours universitaire est également marqué par une forte dimension internationale. Après un diplôme d’ingénieur en technologies alimentaires obtenu en 1988, elle a poursuivi une formation en chimie analytique puis obtenu un doctorat en génie biologique en 1993 et une habilitation à diriger des recherches en écotoxicologie marine en 1999. Elle a par la suite enseigné et travaillé avec plusieurs institutions universitaires en Europe et en Asie, notamment au Japon, en Malaisie et en France.

En 2000, elle a fondé l’Unité de recherche en toxicologie marine et environnementale à l’Université de Sfax. Cette structure est devenue l’un des cadres importants de développement de la recherche tunisienne dans le domaine de la pollution et de la santé des écosystèmes marins.

Un groupe d’experts au cœur d'un processus mondial

Le Groupe d’experts du Processus régulier constitue une pièce maîtresse de l’Évaluation mondiale des océans. Il peut compter jusqu’à 25 spécialistes, issus des cinq groupes régionaux des Nations unies. Sa composition doit tenir compte de l’équilibre géographique et entre les sexes ainsi que de la diversité des expertises scientifiques.

Sa mission consiste notamment à conduire les évaluations demandées par l’Assemblée générale des Nations unies, à structurer les travaux scientifiques et à veiller à leur qualité.

Le 4ᵉ cycle couvre la période 2026-2030. Il doit notamment permettre d’évaluer l’état du milieu marin et ses dimensions socio-économiques, de renforcer la mobilisation autour des connaissances océaniques, d’améliorer les interactions entre science et politiques publiques et de développer les capacités des États dans le domaine des sciences de la mer.

Cette approche est importante dans un contexte où les océans sont confrontés à une accumulation de pressions : pollution, changement climatique, perte de biodiversité, dégradation des habitats côtiers, surexploitation des ressources et multiplication des activités humaines en mer.

Les précédentes évaluations mondiales ont déjà montré l’importance de disposer d’une vision scientifique intégrée. Le deuxième World Ocean Assessment, par exemple, avait mobilisé plus de 300 experts issus d’un vivier international de plus de 780 spécialistes. L’objectif était de fournir une base scientifique commune aux décisions relatives aux océans et notamment à la réalisation de l’Objectif de développement durable 14 consacré à la vie aquatique.

La Tunisie, mais aussi une voix africaine

La présence d’Amel Hamza-Chaffai revêt également une dimension africaine. Pour le 4ᵉ cycle, le groupe d’experts comprend des représentants des cinq groupes régionaux de l’ONU. Le groupe africain est représenté par le Ghana, le Nigeria et la Tunisie.

Cette représentation est d’autant plus significative que les problématiques marines africaines sont nombreuses et souvent directement liées aux conditions de vie des populations. Les zones côtières concentrent une grande partie des activités économiques du continent : pêche, transport maritime, tourisme, ports, exploitation des ressources et développement urbain.

Pour de nombreux pays africains, la question des océans ne relève donc pas uniquement de la protection de la biodiversité. Elle touche également à la sécurité alimentaire, à l'emploi, à la santé publique, à l'économie bleue et à la résilience des communautés côtières.

La participation d'une scientifique africaine disposant d'une longue expérience dans l'étude de la pollution marine peut ainsi contribuer à faire mieux prendre en compte les réalités du continent dans les évaluations mondiales.

De la science à la décision politique

Cette dimension scientifique et politique est au cœur du parcours récent de la professeure Hamza-Chaffai. Elle préside actuellement la Task Force Afrique de la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO (IOC-UNESCO). Dans ce cadre, son travail porte notamment sur le renforcement des capacités scientifiques africaines, la culture océanique, les compétences liées à l'économie bleue et l'entrepreneuriat bleu.

Cette expérience peut constituer un atout supplémentaire au sein du Processus régulier de l'ONU, dont l'une des priorités est précisément de rapprocher la connaissance scientifique des processus de décision.

Le parcours de la scientifique tunisienne illustre ainsi une évolution importante de la gouvernance des océans : il ne suffit plus de produire des données scientifiques. Il faut également être capable de les transformer en connaissances accessibles aux décideurs, aux acteurs économiques et aux populations, tout en renforçant les capacités des pays à produire eux-mêmes ces connaissances.

Un enjeu stratégique pour l'Afrique

Pour l'Afrique, cette question revêt une importance particulière. Le continent possède plus de 30 000 kilomètres de côtes et dépend fortement des ressources marines et côtières. Pourtant, les capacités de recherche, de surveillance et de collecte de données restent très inégalement réparties.

La présence d'Amel Hamza-Chaffai au sein du Groupe d'experts intervient donc à un moment où la question de la souveraineté scientifique prend une importance croissante. Disposer de scientifiques africains dans les mécanismes internationaux d'évaluation permet non seulement de contribuer à la production des connaissances mondiales, mais aussi de défendre une meilleure prise en compte des réalités régionales.

La scientifique tunisienne apporte précisément cette double expérience : une expertise spécialisée dans les mécanismes de pollution et les effets des contaminants sur les organismes marins, mais aussi une expérience dans le développement des capacités scientifiques africaines.

Sa sélection au sein du 4ᵉ cycle du Processus régulier des Nations unies apparaît ainsi comme une reconnaissance de son parcours personnel, mais également comme une illustration de la contribution croissante des chercheurs africains aux grands débats scientifiques internationaux sur l'avenir des océans.

Alors que le cycle 2026-2030 vient d'être engagé, les travaux du Groupe d'experts seront suivis avec attention par les États, les organisations scientifiques et les acteurs de la conservation marine. Pour la Tunisie comme pour l'Afrique, l'enjeu sera désormais de transformer cette présence dans les instances internationales en une capacité accrue à faire entendre les priorités du continent dans les politiques mondiales de protection et de gestion durable des océans.

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