(AfriquesPlus) - Au Mali, la guerre ne se joue plus seulement sur le terrain militaire. Elle se déroule également sur les réseaux sociaux et dans l’espace numérique, où les technologies génératives prennent une place croissante dans les stratégies de propagande et d’influence. Une étude de l’Institut de Tombouctou met en lumière leur utilisation par plusieurs acteurs impliqués dans le conflit malien.
Les outils capables de produire rapidement des textes, des images et des contenus en plusieurs langues offrent de nouvelles possibilités aux protagonistes de la crise. Selon cette étude, réalisée par ce groupe de réflexion basé à Dakar, ces technologies seraient notamment utilisées pour amplifier les divisions et façonner l’opinion publique.
Des groupes armés investissent l’espace numérique
Parmi les acteurs cités figure Az-Zallaqa, branche médiatique du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Le groupe aurait eu recours à ces nouveaux outils dans le cadre d’une campagne de communication menée en juin dernier.
Le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste touareg opposé au pouvoir de Bamako, est également présenté comme utilisant des contenus générés artificiellement dans sa communication.
Pour ces organisations, l’objectif est notamment de renforcer leur présence dans l’espace numérique, de diffuser leurs messages et de toucher rapidement des audiences au Mali comme à l’étranger.
La Russie au cœur d’une stratégie plus sophistiquée
Mais l’étude souligne surtout le caractère particulièrement élaboré de la stratégie attribuée à la Russie et à l’Africa Corps, la structure paramilitaire russe active sur le continent.
En 2024, Meta et OpenAI avaient déjà identifié une opération d’influence russe utilisant des modèles génératifs pour produire des commentaires, des articles et des images en français et en anglais. Ces contenus étaient destinés notamment aux publics d’Afrique subsaharienne.
Cette évolution marque un changement d’échelle dans les opérations de désinformation. Il est désormais possible de produire rapidement d’importants volumes de contenus adaptés à différentes audiences, tout en leur donnant parfois l’apparence d’une information produite localement.
Une nouvelle bataille pour l’opinion
Dans un contexte marqué par l’instabilité politique, les violences armées et les rivalités géopolitiques, la maîtrise de l’information constitue désormais un enjeu stratégique majeur au Mali.
Les nouvelles technologies ne remplacent pas les méthodes traditionnelles de propagande, mais elles leur donnent une puissance et une rapidité inédites. Textes, images et commentaires peuvent être fabriqués puis diffusés à grande échelle, compliquant le travail des internautes lorsqu’il s’agit de distinguer une information authentique d’un contenu conçu pour influencer.
Pour les analystes de l’Institut de Tombouctou, cette évolution doit donc être prise au sérieux. Au Mali, comme dans d’autres pays africains confrontés aux conflits et aux rivalités géopolitiques, la bataille pour imposer un récit pourrait devenir presque aussi importante que celle menée sur le terrain.
La guerre de l’information entre ainsi dans une nouvelle phase, où les technologies génératives deviennent progressivement un instrument stratégique pour les différents camps.