(AfriquesPlus) - L'Afrique du Sud doit graver ses réformes économiques dans la loi pour garantir qu'elles survivent au départ du président Cyril Ramaphosa, a plaidé la directrice générale de Business Leadership South Africa, Busi Mavuso, dans un entretien accordé à Bloomberg à Johannesburg et rapporté par Ntando Thukwana le 10 septembre 2026. Pour elle, ce chantier réformateur constitue tout simplement « le projet le plus important » que traverse actuellement le pays, l'objectif étant de réduire la mainmise de l'État sur l'économie pour la rendre plus résistante aux aléas politiques.
Selon Bloomberg, les investisseurs se sont montrés plus confiants envers la première économie du continent à mesure que ces réformes portaient leurs fruits. Quasi-disparition des coupures de courant grâce aux progrès de l'électricien public, relèvement de la notation de crédit du pays, rand renforcé et marché boursier ayant atteint un niveau record en février. Mais l'agence rappelle que l'héritage de corruption et de mauvaise gestion laissé par l'ancien président Jacob Zuma continue de peser sur une économie qui progresse à moins de 1 % par an depuis plus d'une décennie, et que le retour de Zuma sur le devant de la scène politique nourrit les doutes sur la pérennité de la trajectoire actuelle après les prochaines échéances électorales.
Bloomberg rappelle que les prochaines élections générales n'auront lieu qu'en 2029, mais que Ramaphosa doit quitter la présidence du Congrès national africain (ANC), le principal parti du pays, dès fin 2027, un poste dont le titulaire accède traditionnellement ensuite à la présidence du pays. Avant cela, des élections municipales sont prévues le 4 novembre. Si l'ANC perd du terrain dans les urnes, comme le suggèrent les sondages cités par l'agence, la capacité de Ramaphosa à orienter le choix de son successeur vers un profil favorable à la poursuite des réformes s'en trouverait affaiblie ; il fait par ailleurs face à une procédure de destitution potentielle liée à une affaire d'argent liquide dissimulé dans un canapé en 2022, qu'il conteste devant la justice.
Pour Busi Mavuso, citée par Bloomberg, ces réformes visent précisément à « découpler » le fonctionnement de l'économie de la vie politique du pays, dont elle estime qu'elle l'a longtemps fragilisé. Ses propos interviennent alors que gouvernement et secteur privé lancent la troisième phase de leur partenariat visant à porter la croissance nationale à 3 % d'ici 2030.
L'agence rappelle que Ramaphosa a créé, au sein de sa propre présidence, une cellule baptisée Operation Vulindlela chargée d'accélérer la mise en œuvre des réformes, dont 70 à 75 % seraient déjà réalisées dans les secteurs de l'énergie et de la logistique. L'urgence reste toutefois réelle : selon des données publiées cette semaine et citées par Bloomberg, l'économie sud-africaine s'est contractée de 0,2 % au deuxième trimestre, mettant fin à six trimestres consécutifs de croissance.
Pour Busi Mavuso, ce chiffre montre que l'économie demeure vulnérable, et que les progrès enregistrés chez l'électricien public Eskom et l'opérateur portuaire et ferroviaire Transnet ne marquent qu'un début. D'où la nécessité, selon elle, d'inscrire ces réformes dans la loi : « Si les réformes réduisent la mainmise de l'État sur l'économie, peu importera qui est président, car nous continuerons à produire de l'électricité quoi qu'il arrive », a-t-elle affirmé à Bloomberg. « À ce moment-là, il ne s'agira plus que d'appliquer ce que prévoit la loi. »