Dans cette interview accordée à SenePlus, quelques jours avant l'attaque de l'Iran par Israël et les Etats Unis, le Dr Serigne Bamba Gaye, enseignant-chercheur en géopolitique et spécialiste des relations internationales, livre une analyse sévère des transformations en cours dans le système international depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis.
Selon lui, le second mandat du président américain marque une accélération de l’unilatéralisme et un affaiblissement préoccupant des mécanismes multilatéraux censés réguler les relations internationales. Le chercheur critique notamment la volonté du chef de la Maison-Blanche de s’ériger en « faiseur de paix » solitaire, en contournant les principes du droit international et les institutions chargées de les faire respecter, au premier rang desquelles figure l’Organisation des Nations unies.
Dans un contexte international marqué par des opérations spectaculaires à l’étranger, des tensions commerciales et une recomposition accélérée des rapports de puissance, le diagnostic du géopolitologue sur la situation de l’Afrique est sans appel.
Selon lui, le continent demeure fragilisé par un déficit de vision stratégique et par l’absence d’une posture collective capable de défendre ses intérêts dans un système international de plus en plus conflictuel.
« L’Afrique manque d’audace, l’Afrique manque de vision et l’Afrique manque de dirigeants capables de porter un véritable projet stratégique. Tant que nous ne renverserons pas cette logique, l’Afrique restera une variable d’ajustement dans les rapports de force internationaux », affirme-t-il.
Pour le chercheur, les bouleversements géopolitiques actuels pourraient pourtant constituer une opportunité historique pour le continent, à condition que ses élites politiques prennent conscience de l’ampleur des transformations en cours et s’organisent pour y faire face.
Il plaide ainsi pour la construction d’une véritable posture stratégique africaine, capable de préserver l’autonomie du continent face aux grandes puissances.