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65 ans après Belgrade, les non-alignés à l’épreuve du nouvel ordre mondial
Né pour permettre aux pays du Sud de s’affranchir de la logique des blocs, le Mouvement des non-alignés fête ses 65 ans dans un monde à nouveau traversé par les rivalités de puissance. Entre souveraineté, diversification des alliances...
 

(AfriquesPlus) - Né pour permettre aux pays nouvellement indépendants de s’affranchir de la rivalité entre les grandes puissances, le Mouvement des non-alignés cherche aujourd’hui à retrouver une influence dans un monde redevenu multipolaire. Soixante-cinq ans après sa création à Belgrade, ses principes restent revendiqués, mais son poids politique apparaît plus difficile à définir.

Dans un article publié vendredi 4 septembre 2026, l’Agence Ecofin revient sur l’héritage et l’évolution du Mouvement des non-alignés, né en 1961 dans un contexte dominé par l’affrontement entre Washington et Moscou. Le mouvement avait alors pour ambition de préserver l’autonomie politique des États du Sud et de leur permettre de défendre leurs intérêts sans rejoindre l’un ou l’autre des deux blocs.

La première conférence des non-alignés s’est tenue à Belgrade du 1er au 6 septembre 1961. Vingt-cinq pays y avaient participé, sous l’impulsion notamment du Yougoslave Josip Broz Tito, de l’Égyptien Gamal Abdel Nasser et de l’Indien Jawaharlal Nehru. Leur objectif était de défendre la souveraineté des États, de rejeter la logique des blocs et de donner davantage de poids aux revendications du monde nouvellement décolonisé.

Au fil des décennies, le mouvement s’est considérablement élargi. Il a progressivement intégré une grande partie des pays d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine. Ses revendications ont également évolué, passant de la neutralité dans la guerre froide à la défense d’un nouvel ordre économique international, de la souveraineté et d’une plus grande équité dans les relations Nord-Sud.

La fin de la guerre froide a cependant profondément bouleversé sa raison d’être initiale. Avec la disparition de l’Union soviétique et de la bipolarité qui structurait les relations internationales, le non-alignement a perdu une partie de sa fonction stratégique. Le mouvement a néanmoins survécu et compte toujours un nombre important d’États membres.

Mais son influence est aujourd’hui confrontée à une nouvelle réalité. Le monde est redevenu multipolaire, avec la montée en puissance de la Chine, le retour de la Russie sur plusieurs théâtres internationaux et l’affirmation de puissances régionales. Cette configuration pourrait théoriquement offrir au non-alignement un nouvel espace politique, mais elle pose aussi la question de sa capacité à parler d’une seule voix.

L’émergence des BRICS illustre cette recomposition. Plusieurs membres historiques ou actuels du Mouvement des non-alignés ont rejoint ce groupe ou entretiennent des relations étroites avec lui. L’Inde, l’Afrique du Sud, l’Iran, l’Égypte et l’Éthiopie figurent ainsi parmi les pays associés aux BRICS, tandis que de nombreux autres États du Sud cherchent à diversifier leurs partenariats plutôt qu’à choisir un seul camp.

Cette évolution rapproche le non-alignement d’une logique de diversification stratégique. Pour de nombreux pays du Sud, il ne s’agit plus nécessairement de rester à égale distance de deux blocs, comme pendant la guerre froide, mais de pouvoir multiplier les partenariats diplomatiques, économiques et militaires sans dépendre d’une seule puissance.

Le regain d’intérêt pour les principes du mouvement se manifeste notamment en Afrique. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a ainsi défendu début septembre à Belgrade le retour aux principes fondateurs du non-alignement, en mettant l’accent sur la souveraineté, l’égalité entre les États et le refus des ingérences.

À 65 ans, le Mouvement des non-alignés n’a donc plus exactement la même mission qu’à sa naissance. Son défi consiste désormais à transformer un héritage historique en capacité d’action dans un système international où les alliances sont plus flexibles et où les pays du Sud cherchent à peser davantage sur les décisions mondiales.

L’enjeu dépasse ainsi la survie d’une organisation née pendant la guerre froide. Il touche à une question devenue centrale pour de nombreux États africains et du Sud global : comment préserver leur marge de manœuvre dans un monde où les grandes puissances rivalisent de nouveau pour étendre leur influence ?

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