L’Afrique doit engager une nouvelle étape de son développement en construisant une industrie capable de répondre à ses besoins, de créer des emplois et de transformer ses ressources en produits à forte valeur ajoutée. Le continent ne doit plus seulement exporter des matières premières et importer des produits finis. Il doit progressivement développer ses propres usines, ses propres machines, ses propres technologies et ses propres capacités scientifiques. Cette transformation doit concerner aussi bien les industries traditionnelles que les technologies les plus avancées.
Les usines de semi-conducteurs doivent faire partie des priorités, car les puces électroniques sont indispensables aux ordinateurs, véhicules, télécommunications, équipements médicaux et systèmes industriels. Il faudrait également créer des usines de fabrication de machines à fabriquer les puces électroniques, notamment pour la lithographie, la gravure et le dépôt de couches, ainsi que des usines de fabrication de wafers en silicium. Des usines de fabrication de puces d’intelligence artificielle, de cartes graphiques et accélérateurs IA, de semi-conducteurs de puissance, de puces photoniques, de puces 5G et 6G, de cartes électroniques complexes, de capteurs électroniques et de composants pour intelligence artificielle embarquée permettraient de construire progressivement une véritable industrie électronique africaine.
Cette industrie devrait être accompagnée par des usines de produits chimiques électroniques, de produits chimiques de haute pureté, de fibres optiques spéciales, de composants pour réseaux Internet, de routeurs et équipements de fibre optique, de modems et équipements 5G/6G, ainsi que d’écrans électroniques avancés, notamment OLED, microLED et écrans flexibles. Des usines de batteries pour appareils électroniques, de montres et appareils connectés, de systèmes de stockage de données et de serveurs informatiques compléteraient cet écosystème.
L’Afrique doit également produire les machines nécessaires à son industrialisation. Les usines de machines-outils de précision, les usines de machines industrielles intelligentes, les usines de lignes de production automatisées, les usines de bras robotiques industriels, les usines de systèmes d’automatisation industrielle, les usines de machines de contrôle qualité industriel et les usines de systèmes de contrôle industriel permettraient aux entreprises africaines de moderniser leurs moyens de production. Les usines d’équipements de métrologie de précision et les usines d’instruments de mesure scientifique renforceraient également la qualité industrielle et la recherche.
La robotique doit constituer un autre pilier de cette politique. Des usines de robots industriels, de robots médicaux, de robots logistiques, de robots agricoles, de robots de récolte, de robots de construction, de robots marins autonomes, de drones sous-marins et, à plus long terme, de robots humanoïdes pourraient être développées. Les usines de systèmes de vision artificielle produiraient des caméras et systèmes permettant aux robots et aux machines de comprendre leur environnement. Ces industries pourraient créer des emplois dans la mécanique, l'électronique, l'informatique, l'intelligence artificielle et la maintenance.
L’Afrique doit aussi développer une grande industrie des batteries et de la mobilité électrique. Les usines de batteries avancées, les usines de matériaux pour batteries, les usines de batteries pour stockage massif d’électricité, les usines de machines de recyclage des batteries et les usines de moteurs électriques haute performance permettraient de mieux valoriser les ressources minières du continent. Les usines de stations de recharge pour véhicules électriques, les usines de véhicules électriques spécialisés, notamment les bus et camions électriques, et les usines de composants pour voitures intelligentes accompagneraient cette transformation. Des usines de véhicules autonomes pourraient également être développées à long terme.
La transition énergétique doit s’appuyer sur une industrie africaine capable de fabriquer ses propres équipements. Il faudrait développer des usines de panneaux solaires avancés, des usines de matériaux pour panneaux solaires, des usines d’éoliennes et de composants d’énergie renouvelable, des usines de turbines hydrauliques avancées, des usines d’équipements géothermiques, des usines de pompes à chaleur industrielles, des usines de systèmes de stockage thermique et des usines de systèmes de stockage d’énergie. Ces industries permettraient d’accompagner l’électrification du continent et de fournir des équipements adaptés à ses besoins.
L’hydrogène pourrait également devenir une nouvelle filière industrielle. Des usines d’électrolyseurs d’hydrogène vert, des usines de piles à combustible, des usines de carburants de synthèse et des usines de carburants alternatifs pourraient participer au développement de nouvelles solutions énergétiques. Des usines de systèmes de capture du carbone pourraient également fournir des équipements destinés à réduire certaines émissions industrielles.
Le secteur nucléaire peut également faire l’objet d’une industrie spécialisée, principalement dans un cadre civil, scientifique et fortement réglementé. Des usines de fabrication de réacteurs et d’équipements pour l’énergie nucléaire, des usines de petits réacteurs modulaires (SMR) et des usines d’équipements pour la fusion nucléaire expérimentale pourraient soutenir la recherche et les capacités énergétiques futures. Ces activités nécessiteraient des normes de sûreté extrêmement élevées, des compétences scientifiques spécialisées et une réglementation rigoureuse.
L’Afrique doit aussi développer son industrie aéronautique. Des usines de moteurs d’avions, de turbines aéronautiques, de composants aéronautiques, de superalliages métalliques, de matériaux composites avancés et de fibres de carbone pourraient permettre au continent de participer davantage aux chaînes de valeur aéronautiques. Des usines de systèmes de gestion du trafic aérien et des usines d’équipements de simulation professionnelle pourraient accompagner la modernisation des infrastructures aériennes.
Le spatial représente également une opportunité scientifique majeure. Il faudrait développer des usines de satellites, de satellites météorologiques, de CubeSats, d’équipements pour l’exploration spatiale, de stations terrestres satellites, de systèmes de communication satellitaire, de matériaux pour l’industrie spatiale, de combinaisons spatiales, de systèmes de propulsion spatiale et d’instruments astronomiques. Des usines de télescopes pourraient soutenir l’astronomie africaine. Des capacités industrielles liées aux lanceurs et technologies spatiales civiles pourraient également être développées progressivement dans le respect du droit international.
L’industrie maritime doit également être renforcée. Des usines de moteurs pour navires propres, de véhicules et équipements maritimes, de drones sous-marins et de robots marins autonomes permettraient de développer les capacités africaines dans les océans. Les drones et robots marins pourraient être utilisés pour la recherche scientifique, l’observation des océans et certaines opérations industrielles.
Le transport terrestre doit bénéficier de la même ambition. L’Afrique pourrait développer des usines de trains à grande vitesse, de locomotives avancées, de trains autonomes, de véhicules électriques spécialisés, de systèmes de navigation avancés et d’équipements ferroviaires. Les usines de tunneliers, de grues et machines de construction géantes, de grues robotisées, de machines de forage profond et de machines de construction intelligentes permettraient de réaliser plus rapidement les infrastructures dont le continent a besoin.
La construction pourrait elle-même devenir une grande industrie. Des usines de systèmes de construction modulaires permettraient de fabriquer des bâtiments et maisons en usine. Des usines de maisons intelligentes, de composants pour bâtiments écologiques, de béton écologique, de matériaux isolants avancés, de fenêtres intelligentes, de matériaux à base de nanotechnologies, de revêtements anticorrosion avancés et de peintures intelligentes permettraient de construire des bâtiments plus économes en énergie et plus durables.
Les usines de robots de construction pourraient également contribuer à automatiser certaines opérations sur les grands chantiers. Les usines d’équipements pour villes intelligentes pourraient produire des capteurs et systèmes permettant de gérer plus efficacement l’énergie, l’eau, les transports et certains services urbains.
L’agriculture doit devenir une industrie technologique. Des usines de machines agricoles avancées, de machines agricoles autonomes, de robots agricoles, de drones agricoles autonomes, d’équipements pour l’agriculture de précision, de systèmes d’irrigation intelligents, de semences de haute technologie, d’engrais de nouvelle génération, de systèmes hydroponiques industriels, de fermes verticales et d’équipements d’aquaculture moderne pourraient augmenter la productivité agricole.
Des usines de machines pour l’agro-industrie, de systèmes de stockage alimentaire avancés, de silos intelligents, d’équipements de froid industriel et d’aliments fonctionnels permettraient également de mieux conserver et transformer les productions agricoles. Les usines de protéines alternatives pourraient participer au développement de nouvelles solutions alimentaires.
L’industrie minière doit également évoluer vers davantage d’automatisation et de transformation locale. Des usines de machines pour l’industrie minière automatisée permettraient de produire des équipements d’extraction intelligente. Des usines de recyclage des métaux rares et de recyclage électronique pourraient récupérer le lithium, le cobalt, les terres rares et les métaux précieux contenus dans les déchets. Des usines d’équipements pour l’exploration minière spatiale pourraient, à très long terme, participer aux nouvelles technologies d’exploration spatiale.
Le secteur médical représente une autre priorité. Des usines d’équipements médicaux de haute technologie, de scanners médicaux avancés, d’IRM, d’équipements dentaires avancés, de lasers médicaux, de prothèses intelligentes, d’exosquelettes, d’implants médicaux et de matériaux biomédicaux pourraient réduire certaines importations et développer les compétences médicales et industrielles.
Des usines de vaccins et médicaments biologiques, de médicaments innovants, d’équipements de laboratoire pharmaceutique, d’équipements de diagnostic rapide, d’équipements de génie génétique et de systèmes de laboratoire automatisés permettraient de renforcer la recherche médicale et la production pharmaceutique africaine.
La recherche scientifique doit être soutenue par des usines de microscopes électroniques, d’instruments de mesure scientifique, de machines de laboratoire, d’équipements scientifiques avancés, de lasers industriels et de lasers médicaux. Une industrie scientifique locale permettrait aux universités et aux centres de recherche de disposer plus facilement des équipements nécessaires à leurs travaux.
L’informatique et les centres de données doivent également être développés. Des usines de serveurs informatiques, de systèmes de refroidissement pour centres de données, de composants pour réseaux Internet, de systèmes de communication satellitaire, de systèmes de stockage de données, de cartes graphiques et accélérateurs IA, de systèmes de vision artificielle et de logiciels industriels embarqués pourraient renforcer les infrastructures numériques africaines.
Les usines d’équipements pour l’intelligence artificielle, les usines de supercalculateurs et les usines d’équipements pour centres de données permettraient aux chercheurs, universités et entreprises africaines d'accéder à des infrastructures informatiques plus importantes. Des usines d’équipements pour l’informatique quantique pourraient préparer le continent aux technologies émergentes.
Les télécommunications doivent également bénéficier d’une production locale. Des usines de câbles sous-marins de télécommunication pourraient participer au développement des infrastructures reliant l’Afrique aux autres continents. Des usines de fibres optiques, de composants pour réseaux Internet, de modems 5G/6G, de systèmes de communication satellitaire et de stations terrestres satellites permettraient de renforcer la connectivité.
Les réseaux énergétiques nécessitent eux aussi des équipements modernes. Des usines d’équipements pour réseaux électriques intelligents pourraient produire des transformateurs avancés, capteurs et systèmes de contrôle. Des usines de systèmes de navigation avancés pourraient fournir des équipements destinés aux avions, navires, véhicules et satellites.
L’environnement doit être intégré à cette stratégie industrielle. Des usines de systèmes de purification d’eau intelligents, de systèmes de traitement de l’eau, de capture du carbone, d’équipements de dépollution industrielle, de machines de recyclage du plastique avancé, de machines de recyclage électronique, de machines de recyclage des métaux rares et de systèmes de stockage alimentaire avancés permettraient de développer une économie plus circulaire et plus durable.
Les villes africaines pourraient devenir des villes intelligentes grâce aux usines d’équipements pour villes intelligentes, de capteurs environnementaux, de systèmes de surveillance climatique, de systèmes de gestion intelligente de l’énergie, de l’eau et des transports, ainsi que de systèmes de climatisation intelligents. Les usines de pompes à chaleur industrielles contribueraient également à améliorer l’efficacité énergétique.
La cybersécurité et la protection des infrastructures nécessitent enfin des capacités industrielles. Des usines de systèmes de cybersécurité matérielle, de capteurs biométriques, de systèmes de sécurité électronique et de composants électroniques sécurisés pourraient contribuer à protéger les infrastructures numériques et industrielles.
Cette immense politique industrielle doit être accompagnée par une politique de formation. Les usines ont besoin d’ingénieurs, de techniciens, de chercheurs, d’informaticiens, de mécaniciens, de chimistes, de biologistes, d’électriciens, de spécialistes de l’intelligence artificielle et de nombreux autres professionnels. Il faut donc développer des universités scientifiques, écoles d’ingénieurs, instituts technologiques, laboratoires de recherche et centres de formation professionnelle dans les pays africains.
L’objectif final ne doit pas être de construire des usines isolées, mais de créer des chaînes industrielles complètes. Les minerais doivent pouvoir être transformés en matériaux, les matériaux en composants, les composants en machines et les machines en produits finis. Les produits agricoles doivent pouvoir être transformés localement. Les chercheurs doivent pouvoir travailler avec les industriels. Les universités doivent pouvoir former les compétences dont les entreprises ont besoin.
Une telle stratégie pourrait créer de nombreux emplois directs et indirects, stimuler les petites et moyennes entreprises, développer les compétences locales et augmenter la valeur ajoutée produite en Afrique. Elle pourrait également réduire certaines dépendances aux importations et donner davantage de possibilités à la jeunesse africaine.
L’Afrique doit donc considérer l’industrialisation scientifique et technologique comme un projet continental de long terme. Les usines de semi-conducteurs, de machines, de robots, de batteries, d’équipements médicaux, de médicaments, d’énergies renouvelables, d’aéronautique, de spatial, de télécommunications, d’informatique, d’agriculture technologique, de construction moderne, de transport, de recyclage, de matériaux avancés, de biotechnologie, de systèmes énergétiques, de technologies quantiques et d’équipements scientifiques peuvent constituer les fondations d’une nouvelle économie africaine.
L’enjeu est donc de construire une Afrique capable de produire davantage de ce dont elle a besoin, mais aussi de créer des produits destinés aux marchés internationaux. Une Afrique qui transforme ses ressources, développe ses compétences, finance sa recherche, construit ses machines et crée ses propres technologies pourra progressivement augmenter sa souveraineté économique et technologique.
Construire ces usines, c’est construire des emplois. Construire ces usines, c’est former des ingénieurs. Construire ces usines, c’est développer la recherche. Construire ces usines, c’est transformer les matières premières en richesse. Construire ces usines, c’est préparer l’Afrique aux industries du XXIe siècle.
Par Anne Françoise Mossane Manga: