(AfriquePlus) - Dans un reportage publié le 9 septembre 2026, la journaliste Albane Thirouard a enquêté pour Le Monde, depuis Nairobi, à Nanyuki, ville du centre du Kenya où l'armée britannique entretient depuis des décennies une base d'entraînement, sur le sort de plusieurs dizaines de femmes qui élèvent seules des enfants nés d'une relation avec un soldat de passage, reparti sans laisser d'adresse. Selon le récit du quotidien, Caroline Wambui Muruiki, 33 ans, affirme avoir perdu tout contact avec le père de son fils dès l'annonce de sa grossesse. Sans emploi stable, elle peine à couvrir les frais de scolarité du garçon, aujourd'hui âgé de 7 ans, et dit avoir cherché en vain un soutien auprès de la base militaire. « Je veux juste que cet homme m'aide à élever son enfant, qu'il prenne ses responsabilités », résume-t-elle, citée par Le Monde.
Ce cas n'est pas isolé, rapporte le journal. Un rapport du Parlement kényan publié en novembre 2025, cité dans l'article, évoque des dizaines de mères célibataires laissées dans une situation de précarité et de stigmatisation par le départ de ces militaires. Le Monde rappelle que la présence britannique à Nanyuki est encadrée par un accord de défense bilatéral datant de 1964, et qu'elle alimente des tensions diplomatiques récurrentes entre Londres et Nairobi, des soldats ayant été mis en cause dans des affaires d'agressions sexuelles, de viols et de décès de civils. Le ministère britannique de la défense a reconnu, dans un communiqué d'octobre 2025 que le journal relaie, avoir connaissance de l'existence de ces enfants et affirme coopérer avec les autorités locales quand une paternité est réclamée.
Toujours selon Le Monde, une équipe internationale associée au King's College de Londres a lancé un programme d'identification génétique de ces pères disparus, pour pallier l'inaction des institutions. Le journal explique que le projet est porté par Andrew MacLeod, fondateur de l'ONG Hear Their Cries, qui avait déjà testé la méthode aux Philippines, où une quarantaine de pères d'enfants nés du tourisme sexuel avaient pu être retrouvés. Il s'est associé au Kenya à la généticienne Denise Syndercombe Court, à l'avocat britannique James Netto et à l'avocat kényan Kelvin Kubai.
D'après le reportage, l'équipe s'est rendue en 2024 à Nanyuki pour recueillir des échantillons de salive auprès d'une vingtaine de Kényans, de moins de 2 ans à près de 70 ans, susceptibles d'être des enfants de militaires britanniques. Leurs profils ont été comparés sur Ancestry.com, un site de généalogie fort d'une base de données d'environ 30 millions de profils, afin d'identifier soit le père directement, soit des proches permettant de remonter jusqu'à lui. « Lorsque nous sommes venus au Kenya, j'avais dans ma valise une quinzaine de kits ADN, sans avoir aucune idée d'où ce projet allait nous mener », confie James Netto, dont les propos sont rapportés.
Le Monde raconte aussi le parcours de Cathy Restall, 20 ans, qui a pu, grâce au projet, renouer avec son père. Enfant, elle enviait ses camarades dont le père venait leur rendre visite à l'école : « Moi, je demandais à ma mère où était le mien », raconte-t-elle au journal. Adolescente, elle avait tenté d'écrire à cet homme retrouvé sur Facebook, sans jamais recevoir de réponse.
Approchée par l'avocat Kelvin Kubai, elle finit par accepter de participer au programme et apprend, dans le bureau de celui-ci, que l'équipe est parvenue à joindre son père. Un soulagement, confie-t-elle au journal, même si la relation reconstruite par messages et appels vidéo reste marquée par les années d'absence : « J'avais besoin de lui en grandissant mais il n'était pas là, c'était son choix. »