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Au Tigré, la terreur venue du ciel réveille les fantômes de la guerre civile
Face aux risques de sanctions des institutions financières internationales, Addis-Abeba évite la rhétorique guerrière tout en intensifiant ses frappes ciblées sur le nord du pays
 

(AfriquesPlus) - Une succession de frappes aériennes et de bombardements par drones menés par les forces fédérales éthiopiennes sur la province septentrionale du Tigré menace de replonger le pays dans un conflit généralisé. Décryptée par le magazine britannique The Economist, cette offensive silencieuse transforme la région en une zone grise où la paix a disparu sans que l’état de guerre ne soit formellement proclamé.

Alors que les célébrations religieuses orthodoxes d’Ashenda devaient marquer le mois d’août, les festivités publiques ont été annulées sous la menace des raids militaires. Le 20 août, des avions de chasse et des drones gouvernementaux ont pris pour cible Mekele, la capitale régionale, faisant 13 blessés parmi lesquels figuraient des enfants.

Les bombardements se sont répétés quotidiennement entre le 24 et le 27 août, un raid ayant notamment détruit un établissement scolaire dans le sud de la province. « Ils essaient de terroriser et d’humilier la population (…) La seule issue est de riposter », avertit un haut responsable du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), interrogé par le magazine.

Cette escalade fait suite au cessez-le-feu de 2022, qui avait mis fin à deux années d’une guerre civile destructrice mais sans résoudre les contentieux profonds entre le Premier ministre Abiy Ahmed et les dirigeants tigréens évincés du pouvoir central en 2018.

Contrairement aux opérations massives de 2020, les autorités éthiopiennes n’ont ni coupé les télécommunications ni suspendu les vols commerciaux reliant Addis-Abeba à Mekele. Le pouvoir fédéral s’abstient de tout commentaire public sur ces frappes ciblées.

Cette retenue verbale traduit la prudence d’Abiy Ahmed, soucieux de préserver l’assistance financière du FMI et de la Banque mondiale tout en évitant d’endosser la responsabilité d’un nouveau conflit ouvert.

De son côté, le TPLF multiplie les conscriptions forcées de jeunes recrues et menace d’anéantir le pouvoir d’Addis-Abeba, tandis que les médias d’État qualifient le parti régional de structure « défunte ». Une tentative de médiation menée le 24 août par l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo s’est soldée par une impasse, le TPLF actant l’échec d’un accord jugé « mort ».

Le paysage géopolitique entourant le Tigré a subi des bouleversements profonds. Les milices de l’Amhara et l’armée érythréenne, autrefois alliées d’Addis-Abeba contre le TPLF, se sont rapprochées de leur ancien ennemi.

Le président érythréen Isaias Afwerki perçoit désormais les ambitions maritimes d’Abiy Ahmed comme une menace directe pour ses côtes. Pour les dirigeants du TPLF, « les Érythréens voient le régime d’Addis-Abeba comme une menace existentielle ».

Les forces armées soudanaises, opposées au soutien apporté par Abiy Ahmed à leurs rivaux paramilitaires, ont également affirmé avoir abattu trois drones hostiles venus d’Éthiopie après des affrontements frontaliers survenus à Shererina.

Privilégiant la supériorité aérienne pour pilonner les positions adverses sans engager de troupes au sol sur plusieurs fronts, le gouvernement éthiopien accentue sa pression sur un TPLF fragilisé par des défections internes. Cette instabilité militaire croissante fait craindre une extension régionale du bras de fer

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