(AfriquesPlus) - Le Maroc rejette les accusations l’impliquant dans l’arrivée massive de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta en juillet et demande à Madrid de produire des éléments établissant une éventuelle responsabilité des autorités marocaines.
Dans un communiqué publié jeudi 10 septembre 2026, le ministère marocain des Affaires étrangères affirme qu’aucune preuve, aucun fait ni aucun rapport ne permet d’établir une implication de Rabat dans ces franchissements massifs. Le ministère accuse également l’Espagne de chercher à faire du Maroc un enjeu de sa politique intérieure.
Plus de 70 000 personnes avaient franchi la frontière entre le Maroc et Ceuta, provoquant une vive polémique en Espagne. Selon Reuters, dans un article publié le 10 septembre et signé Ahmed Eljechtimi, cette crise alimente depuis plusieurs semaines les critiques contre le gouvernement de Pedro Sánchez et les relations entre Madrid et Rabat.
La plupart des migrants ont depuis regagné le Maroc. Des organisations non gouvernementales estiment toutefois que plus d’une centaine de personnes sont mortes au cours de ces tentatives de franchissement. Les autorités locales indiquent par ailleurs que plusieurs milliers de migrants se trouvent encore à Ceuta, notamment des mineurs non accompagnés, installés dans des camps de fortune, dans les rues ou sur les plages.
La situation provoque des manifestations régulières de la population locale, qui reproche au gouvernement espagnol sa gestion de la crise. L’opposition espagnole a également fait de cette affaire un sujet politique, accusant le gouvernement de Pedro Sánchez d’avoir entretenu une relation trop étroite avec Rabat et soupçonnant les autorités marocaines d’avoir facilité, voire organisé, les passages.
Le ministère marocain des Affaires étrangères conteste ces accusations et interroge Madrid sur le maintien de migrants marocains sur le territoire espagnol. Rabat demande notamment pourquoi les personnes concernées ne sont pas renvoyées alors que le gouvernement marocain affirme avoir officiellement accepté leur réadmission.
Le sort des mineurs non accompagnés constitue également un point de tension. Rabat affirme avoir demandé leur retour auprès de leurs familles au Maroc et reproche aux autorités espagnoles de ne pas donner suite à cette demande.
La polémique intervient après la publication, mercredi 9 septembre, de rapports des services espagnols de renseignement et de sécurité. Ceux-ci indiquent que les autorités espagnoles avaient été alertées, ainsi que leurs homologues marocaines, de la possibilité d’un franchissement massif de la frontière.
Pour Rabat, ces éléments ne suffisent toutefois pas à établir une quelconque implication dans les passages. Le ministère affirme que le Maroc refuse d’être utilisé comme « pion politique » à l’approche des prochaines échéances électorales espagnoles, prévues au plus tard à la mi-2027.
Le gouvernement marocain rappelle dans le même temps l’importance de la coopération sécuritaire, migratoire et économique avec Madrid. Les relations entre les deux pays se sont notamment renforcées depuis 2022, après le soutien apporté par Pedro Sánchez au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
Cette coopération n’efface toutefois pas les différends territoriaux entre les deux pays. Le Maroc ne reconnaît toujours pas la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord-africaine.