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Comment la diplomatie des sommets redessine les alliances en Afrique
Cette dépendance aux agendas fixés par les puissances extérieures souligne le danger, pour les pays du continent, de troquer un tête-à-tête historique contre de nouvelles formes de sujétion diplomatique
 

(AfriquesPlus) - Dans le cadre du cinquième volet de sa série d’été « Les nouveaux amis de l’Afrique » consacrée aux recompositions d’influence sur le continent, Le Point Afrique explore, sous la plume de Viviane Forson et Clara Dealberto, les coulisses de la rivalité diplomatique menée par les capitales étrangères. De Moscou à Pékin, les puissances internationales multiplient les grands rendez-vous multilatéraux pour capter l’attention des exécutifs africains et s’imposer sur ce théâtre stratégique mondial.

L’entrevue au Kremlin, le 19 novembre 2025, entre Faure Gnassingbé et Vladimir Poutine illustre d'après l'hebdomadaire, de manière spectaculaire cette redistribution des cartes en Afrique de l’Ouest. Cette prise de contact s’est traduite par l’annonce de la réouverture de la représentation diplomatique russe à Lomé après trois décennies de fermeture, doublée de l’arrivée signalée d’instructeurs de la structure sécuritaire Africa Corps, placée sous l’autorité directe du ministère russe de la Défense.

Ce rapprochement s’étend aux discussions logistiques autour des infrastructures maritimes togolaises, aux accords universitaires et au développement de l’Église orthodoxe russe. Bien qu’ayant reçu la visite du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot en avril, le Togo, allié historique de Paris depuis plus de six décennies, assume publiquement son choix de diversifier ses partenariats extérieurs.

Cette expansion vers le golfe de Guinée concrétise l’ambition amorcée à Sotchi en 2019. Pour Ronak Gopaldas, directeur de Signal Risk et chercheur associé à l’Institute for Security Studies, ces tribunes internationales fonctionnent avant tout comme « des instruments de concurrence géopolitique » permettant à chaque acteur « de mettre en scène son influence et son récit de l’Afrique ».

Sur le plan financier, la Russie affiche pourtant des volumes limités en comparaison de ses rivaux. Avec des flux commerciaux annuels de l’ordre de 24 milliards de dollars, son poids économique reste dix fois inférieur à celui de la Chine et très en retrait par rapport à l’Union européenne ou aux monarchies du Golfe, la promesse de doubler ces montants en cinq ans n’ayant pas abouti.
Moscou compense cette marge de manœuvre budgétaire restreinte en utilisant le prestige des réceptions présidentielles et la signature d’accords bilatéraux pour asseoir sa crédibilité politique sur le continent.

Face à l’irruption de nouveaux concurrents, la diplomatie française tente à en croire Le Point Afrique, d’adapter des mécanismes autrefois incontestés. Mis en place en 1973 par Georges Pompidou et Léopold Sédar Senghor, le sommet Afrique-France incarnait les liens étroits entre Paris et ses anciennes colonies, avant de faire face à des critiques dénonçant un entre-soi institutionnel et une posture paternaliste.

Afin de modifier cette image, Emmanuel Macron a initié des éditions renouvelées, à l’instar de la rencontre de Montpellier en 2021 organisée sans chefs d’État, ou du forum Africa Forward tenu à Nairobi en mai 2026, mettant l’accent sur les dynamiques entrepreneuriales et l’innovation en milieu anglophone. Ces ajustements ne parviennent toutefois pas à effacer l’asymétrie structurelle d’une relation désormais soumise à une forte compétition internationale.

Cette dynamique événementielle s’est imposée à l’échelle planétaire depuis l’instauration de la TICAD par Tokyo en 1993, puis du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) par Pékin en 2000. La Chine s’appuie sur le déploiement de ses Nouvelles routes de la soie pour annoncer des investissements colossaux, à l’image des 50 milliards de dollars avancés lors du dernier FOCAC, auxquels répondent les 150 milliards d’euros promis par le programme européen Global Gateway, ainsi que les initiatives de Séoul et de New Delhi.

Cette profusion de rendez-vous interroge toutefois la capacité de négociation collective des nations africaines. Dès le sommet de Sotchi en 2019, l’universitaire Abdoul Karim Saidou soulevait, comme le rapporte Le Point, un paradoxe fondamental : « Pourquoi ce n’est pas l’Afrique qui invite ses partenaires à Addis-Abeba pour discuter coopération en tant que bloc géopolitique ? »

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