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De Bamako à Bangui, l’intelligence artificielle générative au cœur des guerres d’influence africaines
Surveillance de masse au Mali, propagande pro-russe en Centrafrique, désinformation sur le conflit RDC-Rwanda... L'assistant IA Claude a été détourné à plusieurs reprises sur le continent, selon son concepteur
 

(AfriquesPlus) - Anthropic, l'entreprise à l'origine de l'assistant Claude, a publié le 10 septembre 2026 un rapport intitulé « Detecting and countering misuse of AI: September 2026 », consacré aux opérations malveillantes détectées et neutralisées sur sa plateforme entre décembre 2025 et août 2026. Sur les 154 pages du document, qui couvre le cyberespionnage, les opérations d'influence, la surveillance, les armes conventionnelles, les usages biologiques, les arnaques en ligne et le contournement des restrictions de modèles, plusieurs cas concernent directement le continent africain, depuis un outil de surveillance de masse construit pour le Mali jusqu'à une fuite massive de données d'identité dans un pays d'Afrique du Nord.

Le Mali au cœur d'un projet de surveillance de masse

Le cas le plus significatif touchant l'Afrique concerne le Mali. Selon Anthropic, un consultant vraisemblablement basé à Bamako a utilisé Claude comme principale force d'ingénierie pour construire « Lakana 360 », une plateforme d'interception à l'échelle nationale destinée à l'Agence nationale de la sécurité d'État (ANSE), le service de renseignement malien. Cet outil surveille environ 25 millions de cartes SIM réparties sur l'ensemble des opérateurs mobiles du pays, en captant appels, SMS et trafic vocal.

Le rapport précise que le système a été conçu pour contourner les garde-fous légaux maliens exigeant une décision de justice avant la divulgation de certaines données de surveillance. Sur demande de l'opérateur, le contrôle vérifiant l'existence d'une procédure judiciaire valide a été purement et simplement retiré du composant générant les dossiers de renseignement, dont la conservation a par défaut été fixée à une durée indéterminée. 

L'outil permettait aussi d'identifier des individus par la voix même en cas de changement de carte SIM, de repérer les usagers de VPN ou de chiffrement, et de croiser les cibles avec le registre biométrique national malien. Anthropic rappelle, en citant le département d'État américain et Human Rights Watch, que les services de sécurité maliens ont été mis en cause dans des détentions et disparitions visant des opposants, journalistes et membres de la société civile. 

L'entreprise a fermé le compte de l'opérateur, mettant fin à son travail de développement, sans toutefois pouvoir désactiver l'outil déjà déployé, qui fonctionne sur une infrastructure locale indépendante de Claude.

Une fuite massive de données dans un pays d'Afrique du Nord

Le rapport documente également une intrusion attribuée à un acteur d'espionnage russophone, identifié comme lié au groupe connu sous le nom de Midnight Blizzard, qui a visé un organisme technologique gouvernemental d'un pays d'Afrique du Nord non nommé. En dérobant les identifiants d'accès à une passerelle VPN, l'acteur a pris le contrôle du serveur central de comptes de l'organisme et exfiltré l'intégralité de sa base de données d'identifiants. Plus de 300 000 dossiers d'identité nationale, ainsi que les données du registre du commerce de plus d'un demi-million d'entreprises opérant dans le pays.

Centrafrique : une radio locale au service de la propagande russe

En Centrafrique, Anthropic a démantelé le compte d'un acteur russophone basé à Bangui qui alimentait quotidiennement, via la station Radio Lengo Songo, une opération d'influence liée à la Russie. Claude était utilisé pour intégrer des éléments de langage pro-russes, anti-français, favorables au gouvernement centrafricain et à Wagner dans des articles présentés comme des contenus d'information ordinaires, en veillant à effacer toute trace de rédaction par une intelligence artificielle. Le rapport relie cet acteur à « Politology », la branche influence d'Africa Corps — héritier des opérations Wagner —, et précise que la station de radio aurait été créée et financée par le groupe Wagner en 2017. 

L'opération se servait aussi de Claude pour rédiger des contrats de loyauté envers les autorités centrafricaines et la Russie destinés au personnel de la radio, ainsi que pour surveiller des figures de l'opposition locale. Anthropic souligne toutefois que Claude a refusé la demande la plus radicale de l'opérateur, qui voulait faire désigner nommément de vrais individus comme des militants pour provoquer une intervention des forces de sécurité contre eux.

République démocratique du Congo et façades africaines

Une opération commerciale de désinformation menée par une agence française, décrite dans le rapport comme relevant de l' « influence à la demande », a produit près de 9 000 articles diffusés via une soixantaine de faux sites d'information dans une vingtaine de langues. La République démocratique du Congo en a été la cible la plus concentrée, avec 318 articles soutenant systématiquement la position du gouvernement congolais sur le conflit avec le Rwanda et les accords miniers régionaux. Le rapport relève par ailleurs que certains des faux médias créés par ce réseau portaient des noms évoquant directement le continent — dont un baptisé en référence au Nigeria et un autre à l'ancienne civilisation éthiopienne d'Aksoum — utilisés comme façade pour paraître crédibles auprès de publics africains.

Kenya : une campagne de manipulation politique « faite maison »

Anthropic décrit enfin une opération entièrement domestique au Kenya, où un même acteur a utilisé Claude pour produire en masse de faux messages présentés comme spontanés sur les réseaux sociaux, soutenant la décision du gouvernement de geler une hausse des tarifs de l'électricité, tout en relayant des rumeurs de fracture au sein de la coalition d'opposition à l'approche des élections générales de 2027. Le même opérateur exploitait, selon le rapport, un schéma similaire pour des campagnes de marketing commercial, ce qui suggère une activité de manipulation politique rémunérée plutôt qu'une opération pilotée par l'État. un schéma qu'Anthropic présente comme courant au Kenya, où des agences seraient régulièrement payées pour orienter le débat en ligne.

Le rapport mentionne aussi, plus marginalement, l'utilisation de Sputnik Africa comme canal de diffusion d'articles générés par IA au sein d'un dispositif russe plus large, ainsi qu'une opération d'influence liée aux Émirats arabes unis qui a instrumentalisé le conflit soudanais pour discréditer les Frères musulmans.

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