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Des dirigeants africains trop concentrés sur le présent face à l’urgence démographique
L’Afrique sera jeune, mais ses dirigeants continuent de gouverner comme si le temps leur appartenait : une analyse de l’ISS alerte sur le risque de laisser passer la fenêtre démographique sans avoir préparé les institutions et les économies de demain
 

(AfriquesPlus) - L’Afrique dispose d’un avantage démographique considérable, mais ses dirigeants ne prépareraient pas suffisamment les économies et les institutions aux transformations à venir. Dans une analyse publiée le 8 septembre 2026 par le Institute for Security Studies (ISS), dans le cadre de son programme African Futures & Innovation, Nurulhudah Okwayo estime que les gouvernements africains restent trop souvent enfermés dans une gestion à court terme, alors que les évolutions démographiques sont largement prévisibles.

L’écart entre la population et les dirigeants illustre cette déconnexion : l’âge médian des Africains est d’environ 19 ans, contre environ 63 ans pour leurs dirigeants. Dans plusieurs pays, les règles constitutionnelles ont par ailleurs été modifiées pour prolonger les mandats présidentiels ou supprimer les limites de durée. L’analyse relève toutefois des signes de renouvellement politique, notamment au Sénégal avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024, ainsi que les alternances intervenues récemment au Botswana, au Ghana, au Liberia et à Maurice.

Pour l’auteure, la multiplication des mobilisations de jeunes à travers le continent traduit une même frustration : des économies incapables d’offrir suffisamment d’emplois et des systèmes politiques qui laissent peu de place aux nouvelles générations. Les manifestations au Nigeria, au Kenya ou au Mozambique témoignent de cette tension croissante autour du chômage, du coût de la vie, de la corruption et de la gouvernance.

L’enjeu est d’autant plus important que les différentes régions africaines n’entreront pas au même moment dans leur « fenêtre démographique », période durant laquelle la proportion de personnes en âge de travailler peut favoriser une accélération de la croissance. Selon les projections d’African Futures, l’Afrique australe devrait atteindre cette phase au milieu des années 2040, l’Est et l’Ouest dans les décennies suivantes, tandis que l’Afrique centrale ne l’atteindrait que dans les années 2060.

Cette différence impose des politiques adaptées. Les pays proches de leur fenêtre doivent dès maintenant développer l’emploi, l’industrie, la productivité agricole et les compétences. Ceux qui en sont encore éloignés doivent d’abord investir dans la santé, l’éducation et la planification familiale.

L’analyse souligne également le risque de reproduire les erreurs du Maghreb. L’Afrique du Nord a connu son moment démographique favorable autour de 2005, sans parvenir à créer suffisamment d’opportunités pour une jeunesse de plus en plus instruite. L’auteure établit un lien entre cette incapacité à adapter les économies et les tensions qui ont contribué aux soulèvements du Printemps arabe.

La question du renouvellement politique est donc centrale, mais changer de dirigeant ne suffit pas. Les successions organisées au sein des partis au pouvoir peuvent maintenir les mêmes pratiques sans véritable transformation. L’alternance électorale constitue un changement plus profond, mais elle ne règle pas davantage la question démographique si les politiques publiques restent dépourvues de vision à long terme.

Nurulhudah Okwayo appelle ainsi à investir dans l’éducation des filles, l’autonomisation des femmes, la santé, la formation et la création d’emplois, tout en articulant ces politiques avec les stratégies économiques et industrielles. L’objectif est de permettre à la future population active de devenir un moteur de croissance plutôt qu’une source supplémentaire de chômage et de frustrations.

Pour l’auteure, le principal défi est finalement celui du temps politique : les transitions démographiques se mesurent en décennies, alors que les gouvernements raisonnent souvent en fonction de leurs mandats. Or, les choix effectués aujourd’hui détermineront la capacité des sociétés africaines à tirer profit de leur jeunesse demain.

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