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Deux « Monsieur Afrique » pour une diplomatie américaine sans cap
Ni Massad Boulos ni Frank Garcia n'a de mandat clair. Portrait d'un attelage improbable, entre gendre par alliance de Trump et vétéran de la marine
 

(AfriquesPlus) - Depuis sa confirmation par le Sénat fin mai comme secrétaire d'État adjoint chargé de l'Afrique, Frank Garcia a multiplié les déplacements sur le continent, au Mali, en Côte d'Ivoire et au Nigeria en juillet, puis en Zambie, en Éthiopie et au Kenya début septembre. Mais son arrivée ne clarifie pas vraiment qui, de lui ou de Massad Boulos, incarne réellement la politique africaine de Washington, rapportent Benjamin Barthe et Noé Hochet-Bodin dans un article publié le 10 septembre 2026 par Le Monde. 

Homme d'affaires d'origine libanaise devenu conseiller de Donald Trump et apparenté à sa famille par alliance, Boulos s'est imposé depuis le printemps 2025 comme émissaire de fait du président sur l'ensemble du continent. Un rôle inhabituellement large, note le journal, pour une fonction jusqu'ici réservée à des dossiers régionaux précis, et qui traduit selon des observateurs cités par Le Monde une incertitude réelle sur le centre de décision de la diplomatie américaine en Afrique, désormais tournée en priorité vers la défense des intérêts économiques du pays, minerais critiques en tête.

Après des débuts chaotiques, une division de facto se serait installée entre les deux hommes, selon Le Monde. À Boulos les dossiers de paix et de sécurité, surtout dans l'est du continent, à Garcia la promotion des intérêts commerciaux américains, illustrée début septembre par ses négociations à Addis-Abeba sur le mégaprojet aéroportuaire d'Ethiopian Airlines, pendant que Boulos s'entretenait depuis Washington avec l'Égypte au sujet du Soudan.

Cette diplomatie à deux voix n'a pour l'instant produit, selon le journal, aucun résultat significatif. L'accord de paix RDC-Rwanda parrainé par Washington à l'été 2025 reste sans effet concret, la médiation sur les eaux du Nil et le plan de réunification libyenne piétinent, et l'appel de Garcia à rompre avec la Cour pénale internationale, lancé en juillet auprès de l'ensemble des pays africains, n'a été suivi que par le Tchad.

Le Monde relaie enfin des critiques dénonçant une diplomatie réduite à un marchandage entre élites dirigeantes, peu attentive aux populations civiles ou aux risques d'instabilité, comme l'illustrerait le silence de Garcia sur l'arrestation d'un opposant zambien ou sur les tensions internes éthiopiennes, où il n'a pas rencontré le premier ministre. Le journal rappelle qu'aucune règle écrite ne fixe le partage des rôles entre les deux hommes, dans un contexte où près d'une trentaine des cinquante et une ambassades américaines en Afrique restent aujourd'hui sans titulaire.

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