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Douze ans après la révolution, l'Égypte d'Al-Sissi se bâtit une forteresse
Plus vaste que le Pentagone, un complexe militaire flambant neuf vient d'ouvrir ses portes à l'est du Caire, en plein désert. Illustration de la fuite en avant sécuritaire du régime
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=uSn4nwaqgNU

(AfriquesPlus) - Plus vaste que le Pentagone, un complexe militaire flambant neuf vient d'ouvrir ses portes à l'est du Caire, en plein désert. Ce nouveau centre de commandement stratégique, surnommé « l'Octogone », illustre la fuite en avant sécuritaire du régime du président Abdel Fattah Al-Sissi.

Inauguré le 4 juillet par le maréchal-président, en costume d'apparat, ce complexe de 92 km2, presque aussi vaste que Paris, tire son nom de la forme octogonale de ses huit bâtiments disposés en cercle, rapporte Samuel Forey dans Le Monde du 3 septembre 2026. Il réunit le ministère de la guerre, rebaptisé ainsi en 2020, le commandement des quatre branches de l'armée et six pôles opérationnels dédiés à la sécurité de l'État, aux communications ou à la gestion des catastrophes naturelles, à une cinquantaine de kilomètres du centre-ville du Caire. Conçu comme une ville dans la ville, il dispose de ses propres logements, cliniques, écoles, lieux de culte et commerces pour les militaires et leurs familles. Aucun chiffre n'a filtré sur son coût de construction.

L'Octogone s'inscrit dans le projet plus vaste de la « Nouvelle Capitale », cette cité bâtie de toutes pièces dans le désert et déjà financée à hauteur d'au moins 58 milliards de dollars selon une estimation de 2019, vraisemblablement dépassée depuis. Une trentaine de ministères, le palais présidentiel et la Chambre des représentants y ont déjà été transférés. Le procédé n'est pas isolé sur la scène internationale : la junte birmane avait, en 2005, déplacé sa capitale de Rangoun vers Naypyidaw, une ville construite en plein isolement géographique pour se prémunir de tout soulèvement urbain, tandis que le Nigeria avait fait le choix, dès 1991, de bâtir Abuja loin de Lagos pour des raisons en partie sécuritaires. L'Égypte de Sissi rejoint ainsi une lignée de pouvoirs ayant choisi l'éloignement physique comme rempart politique.

Dans son discours d'inauguration, Abdel Fattah Al-Sissi a lui-même reconnu que l'enjeu n'était pas tant de préparer l'armée égyptienne à un conflit extérieur que de prémunir l'État contre un nouveau soulèvement populaire. Il a présenté le coup d'État de 2013 contre Mohamed Morsi, seul président civil issu des Frères musulmans dans l'histoire du pays, comme une « correction » de la révolution de 2011 qui avait renversé Hosni Moubarak, rappelant qu'à l'époque « la Cour constitutionnelle suprême, l'Assemblée populaire et le ministère de la défense étaient assiégés ». Il a jugé « nécessaire que l'État quitte la capitale pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise ».

Pour le chercheur et militant de gauche Hossam El-Hamalawy, exilé depuis le retour des militaires au pouvoir, interrogé par Le Monde, cette architecture défensive relève moins de la stratégie militaire que du traumatisme politique : « Al-Sissi a été traumatisé par la révolution de 2011 », estime-t-il, une lecture qui éclaire selon lui autant la construction de l'Octogone que la répression systématique de toute contestation observée depuis 2013, marquée notamment par la dissolution violente des sit-in de Rabaa la même année et l'interdiction des Frères musulmans. 

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