(AfriquesPlus) - Les mouvements sociaux en Afrique du Nord changent de nature. Après les désillusions suscitées par les soulèvements arabes de 2011 et le Hirak algérien de 2019, une partie de la jeunesse délaisse les revendications de changement de régime au profit de demandes plus concrètes portant sur les conditions de vie, les services publics et les inégalités.
Dans une analyse publiée par l’ECFR, Anthony Dworkin souligne notamment la montée des mobilisations environnementales. Le changement climatique accentue les difficultés déjà présentes dans une région confrontée au stress hydrique : sécheresses, températures extrêmes, désertification, inondations, incendies et pénuries d’eau et d’électricité affectent directement les populations.
Cette nouvelle génération de mobilisations se développe au Maroc, en Tunisie, en Égypte et en Algérie, autour de la protection des ressources naturelles, de la pollution, de l’accès à l’eau ou encore de la lutte contre la désertification. Des organisations combinent ainsi protestation, sensibilisation et initiatives locales. Mais ces mouvements restent exposés à la surveillance et aux restrictions imposées à la société civile.
L’article relève surtout une contradiction autour de la transition énergétique. Les projets solaires et éoliens peuvent contribuer au développement et à la lutte contre le changement climatique, mais ils suscitent aussi des résistances lorsqu’ils mobilisent des terres ou des ressources en eau au bénéfice d’investisseurs et d’acteurs extérieurs, sans retombées suffisantes pour les communautés locales. L’auteur évoque notamment les contestations liées à des projets solaires en Tunisie et au complexe de Ouarzazate au Maroc.
Pour Dworkin, cette évolution doit conduire l’Union européenne à revoir sa manière de coopérer avec l’Afrique du Nord. Les partenariats climatiques et énergétiques ne devraient pas être négociés uniquement avec les gouvernements : entreprises locales, populations et organisations de la société civile doivent être associées dès la conception des projets. L’enjeu est de faire de la transition énergétique un instrument de développement local plutôt qu'une nouvelle source d'inégalités et de contestation.