Skip to main content
En Égypte, des réfugiées soudanaises poussées vers l’exploitation sexuelle
Fuir la guerre n’a pas suffi. En Égypte, la précarité transforme l’exil de nombreuses Soudanaises en piège sexuel
 

(AfriquesPlus) - La guerre au Soudan ne s’arrête pas à la frontière. Pour de nombreuses femmes ayant trouvé refuge en Égypte, l’exil s’est transformé en nouvelle épreuve : précarité, absence de statut légal, difficultés d’accès au travail et violences sexuelles les exposent à l’exploitation.

Dans une enquête publiée le 7 septembre 2026, The Guardian rapporte les témoignages de 19 travailleurs humanitaires, réfugiés et professionnels de santé décrivant une situation de plus en plus préoccupante. Des mères célibataires seraient notamment contraintes de se prostituer pour payer leur logement et nourrir leurs enfants.

Le conflit soudanais, déclenché en avril 2023, a provoqué l’une des plus importantes crises de déplacement au monde. Plus de 4,5 millions de personnes ont quitté le pays pour les États voisins. L’Égypte aurait accueilli environ 1,5 million de Soudanais, devenant l’une des principales destinations de l’exode. Mais la réduction des financements humanitaires, notamment après les difficultés de l’UNHCR et le démantèlement de l’USAID, a considérablement réduit les dispositifs d’aide disponibles.

Pour les femmes, la situation est particulièrement difficile. Beaucoup exerçaient peu ou pas d’activité professionnelle avant la guerre et ont perdu leur mari ou d’autres membres de leur famille. Celles qui disposent de diplômes ou d’une expérience professionnelle rencontrent également des obstacles pour faire reconnaître leurs qualifications. Sans possibilité de travailler légalement, certaines acceptent des emplois informels dans des usines ou comme employées domestiques, avec de faibles rémunérations et des risques importants d’abus sexuels.

Selon plusieurs acteurs associatifs cités par le journal, la prostitution devient alors, pour certaines, un moyen de survie. Des femmes sans logement ou sans ressources seraient particulièrement ciblées par des hommes leur proposant de l’argent, de la nourriture ou une aide administrative en échange de rapports sexuels. Le phénomène resterait largement invisible en raison de la honte, de la peur des représailles et du poids des normes sociales.

Les violences ne se limitent pas aux femmes directement engagées dans le travail du sexe. Des cas d’agressions sexuelles dans les lieux de travail ou dans les quartiers où vivent les réfugiés sont également rapportés. Une jeune femme de 21 ans raconte notamment avoir subi des pressions sexuelles de la part de son employeur, qui menaçait de ne pas lui verser son salaire et de la licencier.

L’accès aux soins constitue une autre source d’inquiétude. Un médecin travaillant auprès de réfugiées à Nairobi - non, à Caire, selon l’article - affirme recevoir chaque semaine plusieurs femmes confrontées à des grossesses non désirées après des situations d’exploitation sexuelle. En Égypte, l’avortement étant interdit hors de certaines circonstances médicales et les enfants nés hors mariage ne bénéficiant pas d’une reconnaissance juridique équivalente, les femmes les plus pauvres peuvent se retrouver sans solution sûre.

Le médecin évoque notamment le recours à des médicaments achetés sur le marché parallèle et, pour celles qui n’en ont pas les moyens, à des méthodes artisanales dangereuses. Il rapporte ainsi la mort récente de deux femmes après des tentatives d’avortement clandestin.

L’enquête du Guardian décrit ainsi une double vulnérabilité : ces femmes ont fui les bombardements, les meurtres, les violences sexuelles et les persécutions du conflit soudanais, mais découvrent en Égypte une autre forme de violence liée à leur précarité. Pour certaines, le retour au Soudan finit même par apparaître comme une issue, malgré les dangers toujours présents.

Au-delà des récits individuels, l’article met en lumière les conséquences de la réduction de l’aide humanitaire sur une population déjà fragilisée. Pour les réfugiées soudanaises, l’exil ne signifie donc pas nécessairement la fin de la violence. Il peut déplacer le risque, de la guerre vers la pauvreté, l’exploitation et l’absence de protection.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
945
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3