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François Bozizé, la déchéance d'un ex-président sans protecteur ni le sou à Bissau
Il distribuait autrefois des billets depuis son hélicoptère lors de ses tournées. Aujourd'hui sans protecteur, sans revenus et sans document de voyage, l'ex-président de la RCA vit à Bissau une précarité que raconte François Soudan
 

(AfriquesPlus) - Selon François Soudan, qui s'est entretenu début septembre avec l'ancien président centrafricain pour la première fois depuis un an, François Bozizé vit en exil à Bissau depuis 2023, sous la protection d'Umaro Sissoco Embalo, jusqu'à ce que ce dernier soit écarté par un coup d'État militaire en novembre dernier. Interrogé sur son procès pour crimes contre l'humanité devant la Cour pénale spéciale de Bangui, où il a déjà été condamné à perpétuité par contumace en 2022, l'ancien chef de l'État (2003-2013) balaie la question d'une formule sèche, le qualifiant de « procès politique truqué », prudence oblige pour cet habitué de l'exil qui se sait surveillé et redoute une expulsion.

Ce qui le préoccupe surtout aujourd'hui, rapporte le chroniqueur, c'est le quotidien devenu précaire depuis que le nouveau pouvoir du général-président Horta N'Tam lui a coupé les vivres et retiré sa protection. Les arriérés de loyer de sa villa s'accumulent, et Bozizé, adepte fervent de l'Église du christianisme céleste, passe désormais le plus clair de son temps à prier, entouré de son majordome et de son chauffeur. Seuls quelques anciens pairs — Denis Sassou Nguesso, Teodoro Obiang Nguema, Paul Biya — prennent encore de ses nouvelles et lui envoient de temps à autre un peu d'argent, tandis que son fils cadet Socrate reste son seul visiteur régulier, depuis Dakar. À 79 ans, l'homme qui arrosait autrefois les villages survolés de billets de 1 000 francs CFA se retrouve, selon les mots de Soudan, seul et sans le sou.

Ce naufrage personnel nourrit chez François Soudan une réflexion plus large sur le destin des chefs d'État déchus, qu'il dit observer avec une forme d'empathie constante depuis des années. Certains, comme Bozizé, sombrent selon lui dans une dépression post-putsch dont ils ne se relèvent jamais — il cite les précédents d'Ahidjo, Lissouba, Patassé ou Ould Taya — tandis que d'autres, persuadés d'être toujours aimés de leur peuple, attendent un retour triomphal qui ne vient pas. C'est le cas d'Alpha Condé, ballotté d'Istanbul à Brazzaville puis Luanda, ou de Sissoco Embalo lui-même, tout juste exilé au Maroc, qui aurait confié au chroniqueur son intention de se présenter à la présidentielle du 6 décembre si les militaires l'y autorisent.

Reste que ces exilés ont, selon Soudan, la relative chance d'échapper à la détention pure et simple, à la différence de Mohamed Bazoum, retenu depuis plus de trois ans par la junte nigérienne, ou de Nicolas Maduro, dont l'arrestation en janvier a saisi d'effroi plusieurs dirigeants africains. 

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