(AfriquePlus) - Né à Columbus, dans l'Ohio, au début des années 1850, Granville Tywoods grandit libre, contrairement à des millions d'Afro-Américains encore soumis à l'esclavage avant son abolition définitive en 1865. Selon le récit qu'en fait Princesse Aset, présentatrice de « Les Immortels » sur Afo Media, la liberté ne signifie pourtant pas l'aisance : faute de moyens, le jeune Woods quitte l'école vers dix ans pour travailler, dans une Amérique en pleine mutation industrielle où le chemin de fer devient le nouveau système nerveux du pays.
Autodidacte, il démonte les moteurs pour en percer les secrets, dévore les traités techniques — souvent empruntés par des amis, les bibliothèques lui étant fermées — et se forge, atelier après atelier, une expertise que rien ne semblait lui promettre.
À la fin du XIXe siècle, les trains lancés à pleine vitesse ne peuvent communiquer entre eux une fois partis en gare. Ce silence coûte des vies. D'après Afo Media, Woods invente en 1885 la « téléphonie », un système combinant téléphone et télégraphe capable de transmettre voix et morse sur un seul fil. Deux ans plus tard, il franchit un cap décisif avec le télégraphe synchrone multiplex, qui permet pour la première fois à un train en mouvement d'échanger des signaux avec les stations sans jamais s'arrêter. Ses travaux sur l'alimentation électrique poseront aussi les bases du fameux troisième rail, aujourd'hui encore utilisé par les métros du monde entier.
Cette invention majeure vaut à Granville Woods d'être traîné en justice à deux reprises par Thomas Edison, qui conteste la paternité de ses brevets. Dans une Amérique où de nombreuses inventions afro-américaines sont dépossédées faute de protection juridique, Woods n'a pour lui que ses croquis et ses carnets face à l'armée d'avocats du magnat de l'industrie. Il remporte pourtant les deux procès, une issue qu'Afo Media qualifie de véritable tournant. Edison lui proposera ensuite un poste dans son entreprise, une offre que Woods refusera. Il déposera en tout plus de soixante brevets, du four à vapeur à l'antenne parabolique, avant de mourir à New York en 1910, souvent privé des moyens financiers nécessaires pour exploiter pleinement son génie.