(AfriquesPlus) - Cinq ans après le renversement d’Alpha Condé, la Guinée a officiellement retrouvé des institutions élues, mais le retour à l’ordre constitutionnel reste fortement contesté. Dans une analyse publiée le 3 septembre 2026, Deutsche Welle, sous la plume d’Abdoulaye Sadio Diallo, dresse le bilan politique de la période ouverte par le coup d’État du 5 septembre 2021.
Arrivé au pouvoir en promettant une transition limitée dans le temps et en excluant toute candidature présidentielle, Mamadi Doumbouya a finalement transformé son pouvoir militaire en pouvoir électif. Une nouvelle Constitution, adoptée en 2025, lui a permis de se présenter à la présidentielle de décembre. Il l’a remportée officiellement avec 86,72 % des suffrages, avant d’être investi président en janvier 2026.
La principale transformation concerne le paysage politique. Les formations historiques de l’opposition ont progressivement été écartées du jeu institutionnel. En mars 2026, quarante partis ont été dissous, parmi lesquels l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, le RPG d’Alpha Condé et l’UFR de Sidya Touré. Le gouvernement justifie ces décisions par le non-respect des obligations légales imposées aux partis. Pour les observateurs, elles ont surtout contribué à affaiblir considérablement l’opposition organisée.
Cette recomposition politique a facilité la victoire du camp présidentiel lors des élections législatives et communales de mai 2026. Le Monde estime que ces scrutins ont consacré une domination presque totale du parti présidentiel et décrit un système dans lequel les principaux contre-pouvoirs ont été neutralisés avant les élections.
La situation des médias constitue l’autre grande source d’inquiétude. Selon RSF, la Guinée occupe désormais la 111ᵉ place sur 180 dans son classement mondial de la liberté de la presse 2026, contre la 103ᵉ en 2025. L’organisation estime que le régime issu du coup d’État n’a pas tenu ses engagements en matière de liberté de la presse et évoque la censure de médias critiques ainsi que l’enlèvement d’un journaliste.
Les organisations de défense des droits humains dressent un constat similaire. Amnesty International rapporte la suspension de partis et de médias, le maintien de l’interdiction des manifestations et des cas de disparitions forcées ou d’enlèvements de voix critiques. L’organisation cite également la condamnation de l’opposant Aliou Bah à deux ans de prison pour offense et diffamation envers le chef de l’État.
À Conakry, les avis restent cependant partagés. Les soutiens du pouvoir mettent en avant l’organisation successive du référendum constitutionnel, de la présidentielle puis des élections législatives et communales. Ils y voient la preuve que la Guinée a achevé sa transition et retrouvé un fonctionnement institutionnel normal. À l’inverse, des acteurs de la société civile dénoncent la disparition progressive des principales forces politiques et une autocensure croissante dans les médias.
Le paradoxe guinéen est donc désormais clairement posé : la transition militaire est officiellement terminée, mais l'ouverture politique qui devait accompagner le retour à l'ordre constitutionnel reste très limitée. Cinq ans après le putsch, le pouvoir de Mamadi Doumbouya s’est transformé en régime présidentiel élu, mais avec une opposition affaiblie, des médias sous pression et un espace civique fortement réduit.
Sur le plan extérieur, la Guinée conserve par ailleurs une ligne différente de celle des régimes militaires du Sahel. L’analyste Kabinet Fofana, cité par DW, décrit une diplomatie qui cherche à maintenir des relations avec plusieurs partenaires, notamment la France, plutôt qu’à opérer une rupture frontale avec les anciennes puissances occidentales.
Cinq ans après le 5 septembre 2021, la question n’est donc plus seulement de savoir si la Guinée est sortie de la transition. Elle est de savoir quel type de régime a émergé de cette transition.