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IA, l’Afrique face au risque d’une nouvelle dépendance numérique
L'essor de l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle bataille autour de la souveraineté du continent
 

(AfriquesPlus) - Après les matières premières, les données pourraient-elles devenir le nouvel objet de dépendance de l’Afrique ? C’est l’alerte lancée par Desmond Onyemechi Okocha, professeur de journalisme et des médias émergents à Bingham University, dans une tribune publiée le 3 septembre 2026 par The Guardian Nigeria. Pour l’universitaire, l’essor de l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle bataille autour de la souveraineté du continent.

L’auteur estime que les mécanismes de domination ont changé de nature. À l’exploitation des territoires et des ressources naturelles pourraient désormais se substituer la collecte massive de données, la maîtrise des infrastructures numériques et le contrôle des technologies d’IA. Les grandes entreprises technologiques étrangères disposent aujourd’hui d’une avance considérable dans ces domaines, tandis que les pays africains restent largement dépendants de solutions conçues à l’extérieur.

Cette asymétrie concerne notamment les données africaines, utilisées pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle dont la conception, la propriété et les revenus échappent largement au continent. Okocha redoute également que les algorithmes diffusent principalement des références culturelles et linguistiques étrangères, au détriment des savoirs et des représentations africains.

Plusieurs analyses internationales soulignent le retard du continent dans cette économie. Brookings estime que l’Afrique ne représente qu’une faible part du marché mondial de l’IA, malgré un potentiel important de croissance. La GSMA relève également l’ampleur des opportunités économiques liées à l’intelligence artificielle, mais insiste sur les déficits d’infrastructures, de compétences et d’investissement.

La dépendance ne concerne pas uniquement les logiciels. L’Afrique reste aussi fortement tributaire des centres de données, capacités de calcul et services cloud contrôlés par des acteurs étrangers. Pour Okocha, cette situation crée une vulnérabilité stratégique : les pays africains peuvent consommer les technologies numériques sans maîtriser les infrastructures indispensables à leur fonctionnement.

Le professeur relève toutefois l’apparition de réponses africaines. L’Union africaine a adopté une stratégie continentale sur l’intelligence artificielle pour la période 2025-2030, destinée à renforcer les infrastructures, les compétences, la recherche, la gouvernance et la capacité du continent à développer ses propres solutions. Plusieurs États ont également engagé des stratégies nationales, tandis que des initiatives privées cherchent à développer des capacités locales de calcul et de stockage.

Le Nigeria figure parmi les pays qui cherchent à réduire cette dépendance, notamment avec le développement de modèles linguistiques prenant davantage en compte les réalités et les langues locales.

Pour Okocha, l’enjeu dépasse donc la simple adoption de l’IA. Il s’agit de savoir si l’Afrique restera un marché pour les technologies étrangères et une source de données, ou si elle parviendra à devenir un acteur capable de produire, posséder et contrôler ses propres technologies.

Son appel porte ainsi sur l’investissement dans les infrastructures, la formation scientifique, la recherche, les entreprises technologiques locales et la protection des données. Sans cette transformation, avertit-il, l’intelligence artificielle risque de reproduire, sous une forme numérique, d’anciens rapports de dépendance.

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