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Kolwezi, capitale du cobalt et de la pauvreté
Dans le sud de la RDC, des milliers de creuseurs risquent leur vie pour extraire le cobalt. Témoignages de ces oubliés de la transition énergétique, payés quelques euros par mois pour un minerai revendu 45 fois plus cher sur les marchés mondiaux
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=SkY3_QCWfqI

(AfriquesPlus) - Sous les tôles ondulées d'un quartier de Kolwezi, dans le sud de la République démocratique du Congo, une famille a découvert malgré elle une fortune : un filon de cobalt logé sous l'ancienne fosse d'aisances de leur parcelle. C'est ce que révèle un reportage diffusé par France Télévisions, qui a suivi pendant plusieurs jours le quotidien des creuseurs artisanaux de cette région devenue la première réserve mondiale de ce minerai stratégique.

Hervé, 28 ans, informaticien de formation, a rejoint son frère cadet dans cette activité après la découverte du gisement. Chaque matin, les deux hommes descendent dans un puits de 20 mètres, sans harnais, agrippés à une simple corde et progressant sur des encoches taillées à même la roche. Le reportage documente une descente marquée par une panne d'électricité coupant l'alimentation en air du tuyau souffleur, contraignant l'équipe à remonter précipitamment faute d'oxygène.

Le contraste économique est saisissant. Hervé écoule sa production, environ une tonne de cobalt brut par mois, pour 1 100 euros, alors que ce même volume, une fois raffiné, se négocie jusqu'à 50 000 euros sur les marchés internationaux, un écart de 1 à 45. Pour les creuseurs qu'il emploie, la rémunération est plus dérisoire encore. Alain Skulou Tumba, 43 ans, gagne en moyenne 40 euros par mois, soit l'équivalent de vingt années de salaire pour s'offrir une seule batterie de véhicule électrique. Il élève, avec son frère devenu invalide, dix enfants dans un logement de deux pièces, sans électricité stable ni scolarisation garantie.

Selon les chiffres cités dans l'enquête, la RDC assure aujourd'hui 80 % de la production mondiale de cobalt, un approvisionnement dont la demande devrait être multipliée par vingt d'ici 2040 pour répondre aux besoins de la transition énergétique, selon l'Agence internationale de l'énergie. Une manne largement captée par des entreprises chinoises, qui ont pris le contrôle de la quasi-totalité de l'extraction en une quinzaine d'années et dont les sites, protégés par l'armée congolaise, restent fermés aux journalistes. Le reportage montre des creuseurs visés par des tirs lorsqu'ils s'approchent de ces périmètres.

L'enquête met aussi en lumière le travail des enfants. Sur environ 250 000 creuseurs recensés autour de Kolwezi, 40 000 seraient mineurs, selon les Nations unies, revendant leur minerai à des intermédiaires chinois pour quelques euros à peine.

Autre volet alarmant, celui de la santé publique : le pédiatre Billy Mukonki, qui dirige un dispensaire local, constate une recrudescence des fentes palatines chez les nouveau-nés du quartier. Des analyses évoquées dans le reportage auraient révélé une forte présence de métaux lourds dans les poissons et végétaux consommés localement, un facteur environnemental qui, combiné à des prédispositions génétiques, expliquerait selon lui cette hausse des malformations.

Le document se clôt sur un chiffre qui résume le déséquilibre : l'empreinte carbone moyenne d'un Congolais s'élève à 40 kg de CO2 par an, contre 9 tonnes pour un Français. Un rapport de 1 à 225 entre celui qui paie le coût environnemental de l'extraction et celui qui bénéficie de la transition énergétique.

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