(AfriquesPlus) - La République démocratique du Congo se retrouve dans le viseur des autorités françaises face à la hausse des demandes d’asile de ressortissants congolais à Mayotte. Le gouvernement de Sébastien Lecornu envisage de moduler une partie de l’aide publique au développement en fonction de la coopération des pays concernés dans la lutte contre l’immigration irrégulière, rapporte Le Monde, le 2 septembre 2026.
Lors d’un déplacement dans l’archipel le 26 août, le premier ministre français a évoqué un dispositif de « bonus-malus » destiné à encourager la coopération des pays d’origine et de transit. La RDC figure parmi les États concernés, aux côtés notamment des Comores, du Burundi, du Rwanda, de la Tanzanie, de la Somalie et du Kenya. L’aide humanitaire directe aux populations ne serait pas visée par ce mécanisme, selon les déclarations rapportées par le quotidien français.
Les ressortissants de la RDC constituent désormais le principal groupe de demandeurs d’asile à Mayotte. Dans son bilan portant sur l’année 2025, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides indique que 50% des demandes déposées dans l’archipel proviennent de la RDC, devant la Somalie avec 24% et les Comores avec 14%, selon les données citées par Christophe Châtelot.
En nombre absolu, 1 023 demandes d’asile de Congolais ont été enregistrées à Mayotte en 2025. Sur les huit premiers mois de 2026, 1 005 dossiers avaient déjà été déposés, ce qui laisse entrevoir une hausse sensible sur l’ensemble de l’année. Le phénomène ne se limite pas à Mayotte. En 2025, les Congolais avaient déposé 13 240 demandes d’asile en France, principalement en métropole, plaçant la RDC au deuxième rang des pays d’origine, derrière l’Afghanistan, qui comptabilisait 13 800 demandes. Ces chiffres sont à mettre en regard des 145 270 demandeurs d’asile toutes nationalités confondues recensés cette année-là.
Une part des migrants congolais emprunte une route passant par la Tanzanie, puis par les Comores, avant de rejoindre Mayotte. Cette trajectoire s’est affirmée au cours des dernières années. Dès 2021, les autorités diplomatiques françaises avaient identifié un déplacement des filières de transit, de Madagascar vers la Tanzanie, selon un témoignage évoqué devant le Sénat en 2024.
L’Ofpra relie principalement ces départs au conflit persistant dans l’est de la RDC. Les demandeurs d’asile disent majoritairement venir du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ils évoquent des risques de persécutions liés à leur appartenance ethnique ou à leur opposition
Paris réclame une coopération accrue de Kinshasa pour l’application de l’accord de réadmission signé en avril 2021, qui porte sur le retour des ressortissants congolais en situation irrégulière. À Mayotte, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a dit attendre des autorités congolaises qu’elles appliquent mieux ce texte, selon Le Monde.
Sébastien Lecornu a présenté le projet de modulation de l’aide comme un instrument destiné à peser sur la coopération en matière de renseignement, de lutte contre les réseaux de passeurs et de réadmission. « Il est normal qu’on aide plus un pays souverain qui se donne du mal pour répondre à nos attentes qu’un pays qui est parfois sourd ou peut-être trop léger avec ce que nous attendons », a-t-il déclaré à Mayotte, cité par Le Monde.
Mais le principe même du dispositif suscite des réserves. Un haut fonctionnaire français spécialiste du développement, cité anonymement par le journal, juge que le conditionnement de l’aide au contrôle migratoire est une idée ancienne, régulièrement envisagée puis abandonnée, car « cela ne marche pas ». La marge de manœuvre française serait en outre limitée par la part relativement réduite de l’aide effectivement modulable.
Les autorités congolaises n’avaient pas répondu aux sollicitations de Le Monde au moment de la publication de l’article. Les Comores, également visées par le projet français, ont pour leur part dénoncé une « condescendance insupportable » et un « colonialisme en bonus-malus », rapporte le quotidien.