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La voix libre de la Mozambicaine Paulina Chiziane
Première femme africaine récompensée par le Goncourt lusophone, l'autrice mozambicaine explique dans Le Point Afrique comment elle a puisé dans l'oralité et les récits de guerre pour bâtir une œuvre satirique dénonçant les dérives patriarcales
 

(AfriquePlus) - Première femme africaine lauréate du prestigieux prix Camões, la romancière mozambicaine Paulina Chiziane s'est confiée sur sa trajectoire littéraire et sa vision des traditions dans un entretien accordé à la journaliste Valérie Marin La Meslée, publié le 12 août 2026 par Le Point Afrique. À l'occasion de la traduction en français de son roman Ballade d’un amour au vent, l'autrice revient sur son œuvre majeure, Le Parlement conjugal, et récuse les lectures réductrices de ses écrits.

Interrogée sur les débats suscités par ses romans, Paulina Chiziane regrette les amalgames véhiculés par les réseaux sociaux et l'absence de lecture approfondie de ses textes : « Beaucoup de gens parlent de polygamie mais ne savent pas de quoi il s’agit. La moitié de notre planète vit dans un système polygame, l’autre moitié vit dans la monogamie, et tout dépend de la culture. »

Elle rappelle que Le Parlement conjugal est avant tout une satire démontrant les déboires d'un homme voulant s'approprier toutes les femmes, tout en expliquant les fondements historiques et économiques de cette pratique en Afrique : « C’est un genre de protection sociale pour les femmes, un statut économique. Et du côté masculin, l’homme qui a beaucoup de femmes et d’enfants est vu comme un modèle de réussite patriarcale. » L'écrivaine souligne notamment le rôle des conflits armés successifs au Mozambique, qui ont décimé les générations masculines et poussé les femmes vers ces unions pour subvenir à leurs besoins.

Son engagement dans l'écriture s'est forgé au contact direct des épreuves traversées par son pays lors de ses missions pour la Croix-Rouge durant la guerre civile (1977-1992). Partie du recueil de témoignages dans les camps de réfugiés, elle a choisi d'imposer son propre style contre les canons académiques de l'époque : « J’ai voulu mêler les héritages occidental et bantou, écrire comme je parle, car lorsque j’utilise la tradition orale, je touche immédiatement le cœur de l’autre personne. »

Longtemps critiquée à ses débuts pour son attachement aux coutumes traditionnelles alors rejetées par les discours post-indépendance, Paulina Chiziane revendique aujourd'hui pleinement sa double culture, affirmant que la valorisation des racines et l'éducation demeurent des exigences fondamentales pour la jeunesse.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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