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L’amère exclusion américaine d’un patron de la fintech africaine
Bénéficiaire de bourses d’études prestigieuses et créateur de Nala, le Tanzanien Benjamin Fernandes est désormais interdit d’entrée aux États-Unis. Dans le New York Times, il alerte sur le coût économique des nouvelles restrictions de visas
 

(AfriquesPlus) - Formé au sein de prestigieuses universités américaines et fondateur d’une société technologique financée par la Silicon Valley, l’entrepreneur tanzanien Benjamin Fernandes se retrouve interdit de séjour aux États-Unis. Dans une tribune publiée par le New York Times, le dirigeant d’entreprise dénonce les effets pervers des récentes restrictions migratoires présidentielles, qui pénalisent les créateurs de richesse et coupent les fondateurs étrangers de leurs équipes et investisseurs.

Arrivé aux États-Unis à l’âge de 17 ans grâce à une bourse d’études à l’Université Northwestern-St. Paul, puis diplômé du programme de MBA de Stanford avant de rejoindre la Fondation Bill & Melinda Gates, l’auteur a créé à Palo Alto l’entreprise NALA, une plateforme de transferts financiers transfrontaliers.

Soutenue par des fonds réputés tels que Y Combinator, Accel et Bessemer, la fintech a levé plus de 60 millions de dollars, sert plus de 500 000 clients aux États-Unis et figure à deux reprises au classement Forbes des 50 premières fintechs mondiales, détaille le créateur d’entreprise dans les colonnes du quotidien new-yorkais.

« La société que j’ai fondée, NALA, aide les immigrés et les entreprises aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Europe à envoyer de l’argent au-delà des frontières pour bâtir des activités et maintenir leurs familles à flot », explique le responsable d’entreprise dans sa tribune.

Cette dynamique s’est heurtée à l’entrée en vigueur, le 1er janvier, d’une proclamation présidentielle suspendant la délivrance des visas d’affaires, d’étudiants et d’échanges pour 24 pays, dont la Tanzanie et le Nigeria, rappelle la signature du quotidien. Privé de renouvellement à l’expiration de son titre de séjour le 10 juillet, le chef d’entreprise s’est vu refuser la clause d’exemption d’intérêt national.

L’administration américaine justifie cette mesure globale par un taux plus élevé de dépassement de durée de séjour chez les ressortissants tanzaniens.

« Mais une statistique n’est pas une personne. Une interdiction générale punit ceux qui respectent les règles tout aussi durement que ceux qui ne les respectent pas », conteste l’auteur, rappelant qu’il a franchi légalement la frontière durant dix-sept années consécutives sans jamais enfreindre la loi.

Contraint de diriger sa société depuis Londres et Dar es Salaam par visioconférence, l’entrepreneur souligne la difficulté de maintenir le lien avec ses partenaires bancaires et ses investisseurs. Pour le dirigeant tanzanien, la confiance nécessaire à la conclusion de partenariats stratégiques s’établit dans les salles de réunion et lors d’échanges directs, affirmant qu’on « ne scelle pas un accord sur Zoom ».

L’interdiction d’accès au territoire menace plus largement l’attractivité du modèle universitaire américain, privant des boursiers admis à Harvard ou Stanford de la possibilité de rejoindre leurs campus. L’auteur rappelle dans son texte l’apport économique des talents internationaux : 234 fondateurs ou cofondateurs de licornes américaines sont arrivés sous visa étudiant, près de trois jeunes pousses valorisées à plus d’un milliard de dollars sur cinq comptent un fondateur immigré, et près de la moitié des entreprises du classement Fortune 500 en 2025 ont été créées par des immigrés ou leurs enfants, générant plus de 15 millions d’emplois mondiaux.

Citant les parcours d’entrepreneurs d’origine nigériane comme Tope Awotona, fondateur de Calendly valorisé à 3 milliards de dollars, ou Adebayo Ogunlesi, membre du conseil d’administration d’OpenAI, le dirigeant s’interroge sur l’avenir de la capacité d’intégration américaine. « L’Amérique a toujours été exceptionnelle parce qu’elle croyait dans les personnes avant que quiconque ne le fasse. Elle a cru en moi. Le ferait-elle encore ? », conclut le chef d’entreprise.

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