(AfriquesPlus) - L’Afrique reste confrontée à une succession de crises sécuritaires, sanitaires et économiques, mais aussi à de profondes recompositions stratégiques. La RDC fait face à une flambée d’Ebola qui ne montre aucun signe de ralentissement, le Nigeria est endeuillé par une nouvelle tragédie liée au vol de pétrole, tandis qu’au Sahel la récente mutinerie au Niger révèle les fragilités persistantes des régimes de l’AES. En Afrique du Sud, les débats sur l’essor des centres de données soulèvent désormais des questions sur l’eau et l’électricité.
Afrique du Sud : le boom des centres de données inquiète
L’Afrique du Sud est devenue la principale plateforme de centres de données en Afrique, concentrant environ 70 % des capacités du continent. Mais cette croissance rapide commence à susciter des inquiétudes.
Des organisations de défense des droits humains demandent un encadrement plus strict du développement de ces infrastructures, notamment en raison de leur consommation d’eau, d’électricité et de terrains. La Commission sud-africaine des droits de l’homme a reçu plus de 250 contributions sur le sujet.
Le débat est particulièrement sensible dans un pays qui a déjà connu de graves problèmes de pénurie d’eau et de coupures d’électricité.
Les acteurs du secteur répondent que les nouveaux centres utilisent davantage les énergies renouvelables et des technologies permettant de réduire leur consommation d’eau.
Les minerais restent un moteur
Dans le même temps, le secteur minier offre quelques bonnes nouvelles. African Rainbow Minerals a annoncé une progression de 19 % de son bénéfice annuel, grâce notamment à la forte hausse des prix des métaux du groupe du platine.
L’entreprise prévoit également d’investir 15,2 milliards de rands dans la modernisation de sa mine de platine de Bokoni.
L’enjeu pour Pretoria est désormais de concilier transformation numérique, développement industriel et préservation des ressources essentielles.
Nigeria : au moins 37 morts dans une opération de vol de pétrole
Au moins 37 personnes sont mortes dans l’État de Rivers après avoir tenté de siphonner du pétrole brut depuis un navire. La plupart des victimes auraient succombé à l’inhalation de fumées toxiques dégagées lors de l’opération illégale. Plusieurs personnes sont toujours portées disparues.
La police nigériane a confirmé l’incident, tout en précisant qu’une enquête était en cours et qu’elle ne disposait pas encore d’un bilan officiel définitif.
Le drame illustre une nouvelle fois les conséquences humaines et environnementales du vol de pétrole, phénomène profondément enraciné dans le delta du Niger.
Malgré ses immenses ressources énergétiques, cette région demeure confrontée à la pauvreté, à la pollution et au chômage, autant de facteurs qui alimentent les activités clandestines.
Un enjeu économique majeur
Le gouvernement nigérian estime que le vol de pétrole fait perdre au pays des milliards de dollars chaque année.
Abuja tente depuis plusieurs années de renforcer la surveillance des installations et de sécuriser les oléoducs, mais les réseaux de siphonnage continuent de prospérer.
Éthiopie : le numérique et les télécommunications au cœur de la transformation
L’Éthiopie poursuit sa transformation numérique avec de fortes ambitions pour son secteur des télécommunications.
L’opérateur public Ethio Telecom prévoit une importante progression de ses revenus au cours de l’exercice 2026-2027, portée notamment par l’augmentation du nombre d’utilisateurs et du trafic de données.
Cette stratégie s’inscrit dans la volonté d’Addis-Abeba d’accélérer la numérisation de l’économie et de développer les services numériques.
Mais l’Éthiopie reste confrontée à d’importants défis politiques et sécuritaires, tandis que les tensions avec l’Égypte autour du Grand barrage de la Renaissance continuent de peser sur les relations régionales.
Égypte : le rapprochement avec la Chine s’accélère
Le passage de Xi Jinping au Caire continue de marquer l’actualité diplomatique africaine.
Lors de sa visite en Égypte, le président chinois a plaidé pour une nouvelle architecture de sécurité au Moyen-Orient et dénoncé les ingérences extérieures. Le message est particulièrement important dans le contexte de la confrontation entre Washington et Téhéran
Pékin et Le Caire ont également renforcé leur coopération économique.
La Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Égypte et investit massivement dans les infrastructures, l’industrie et la zone économique du canal de Suez.
La coopération militaire s’est elle aussi développée, notamment avec l’organisation récente d’exercices aériens conjoints.
Le calcul stratégique de Sissi
Pour le président Abdel Fattah al-Sissi, le rapprochement avec Pékin répond à une logique de diversification des alliances.
Le Caire entend conserver ses relations historiques avec Washington tout en renforçant ses liens avec la Chine, la Russie et les autres puissances émergentes.
Cette stratégie donne à l’Égypte une plus grande marge de manœuvre dans un Moyen-Orient en pleine recomposition.
RDC : Ebola continue de faire des ravages
La République démocratique du Congo demeure le principal foyer d’inquiétude sanitaire du continent.
L’épidémie d’Ebola qui sévit dans l’est du pays a désormais dépassé 3 000 morts, avec plus de 6 100 cas confirmés. Le virus s’est propagé à six provinces et de nombreux nouveaux cas ne sont toujours pas reliés à des chaînes de transmission connues.
L’Organisation mondiale de la santé et les autorités congolaises font face à plusieurs obstacles majeurs : déplacements de populations, insécurité, infrastructures sanitaires insuffisantes, difficultés de traçage des contacts et méfiance de certaines communautés.
Selon l’Associated Press, seulement 19 % des quelque 97 600 contacts estimés ont pu être suivis, ce qui constitue l’une des principales faiblesses de la riposte.
Nouveau cas dans une zone contrôlée par le M23
Autre développement particulièrement préoccupant : un nouveau cas d’Ebola a été détecté dans une zone de l’est de la RDC contrôlée par le groupe AFC/M23**, quelques semaines après que cette région eut déclaré la fin de son précédent épisode épidémique.
Cette résurgence illustre les difficultés particulières rencontrées dans les territoires où l’accès humanitaire est limité par le conflit.
L’épidémie congolaise apparaît désormais comme une urgence sanitaire majeure, avec un risque de propagation accru par les déplacements et l’insécurité.
Niger : la mutinerie révèle les fragilités de l’AES
La tentative de mutinerie qui a secoué Niamey le 29 août continue de faire sentir ses effets.
Des soldats mécontents avaient attaqué des positions stratégiques, notamment autour de l’aéroport international Diori-Hamani et du secteur présidentiel.
Les forces loyales au pouvoir ont finalement repris le contrôle avec l’appui de combattants russes de l’Africa Corps.
L’épisode est particulièrement révélateur : plusieurs des militaires impliqués venaient de zones fortement touchées par les attaques jihadistes et auraient été poussés à la révolte par la dégradation de leurs conditions de sécurité et de vie.
La Russie confirme son rôle au Sahel
L’intervention russe confirme le poids croissant de Moscou dans les dispositifs sécuritaires du Niger, mais aussi du Mali et du Burkina Faso.
Les trois pays de l’AES ont parallèlement renforcé leur coopération militaire avec la Russie alors que les attaques jihadistes persistent. Reuters souligne que Moscou et les trois États sahéliens ont promis de renforcer leurs liens militaires face à la progression des groupes insurgés.
Mais la mutinerie nigérienne pose une question délicate : les nouvelles alliances militaires suffiront-elles à résoudre les problèmes structurels qui alimentent l’insécurité ?
AES : l’équation sécuritaire reste difficile
Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la situation reste dominée par la lutte contre les groupes jihadistes.
Les trois régimes militaires ont fait de la souveraineté et de la coopération sécuritaire entre membres de l’AES les piliers de leur stratégie.
Mais les attaques continuent, tandis que les populations civiles et les forces armées paient un lourd tribut.
La crise nigérienne montre surtout que la menace sécuritaire est devenue **à la fois extérieure et intérieure** : les groupes jihadistes constituent toujours l’adversaire principal, mais le mécontentement au sein même des armées représente désormais un autre risque pour la stabilité des régimes.
Soudan : au moins 21 morts dans de nouveaux affrontements
Le conflit soudanais connaît également une nouvelle flambée de violence.
Au moins 21 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées dans des affrontements récents à Kauda, au Kordofan du Sud, selon le Sudan Doctors Network.
Les combats opposent notamment le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord d’Abdel Aziz al-Hilu à une communauté locale.
Cette nouvelle poussée de violence intervient alors que le Soudan connaît déjà l’une des crises humanitaires les plus graves au monde.
Une enquête de l’ONU a par ailleurs récemment souligné le rôle du soutien militaire étranger et des drones dans l’intensification du conflit. Plus de 1 000 personnes auraient été tuées dans des attaques de drones au cours du premier semestre 2026
Sénégal : la dette sous pression
Le Sénégal fait également face à une nouvelle alerte sur le front financier.
L’agence S&P Global Ratings a abaissé vendredi la note souveraine du pays à « CC », contre « CCC+ », estimant extrêmement probable une restructuration de la dette susceptible d’entraîner des pertes pour les créanciers étrangers
Cette décision intervient quelques jours seulement après l’accord conclu avec le FMI sur un programme de financement de 2,2 milliards de dollars
Le gouvernement sénégalais doit désormais relever un défi majeur : restaurer la confiance des investisseurs tout en mettant en œuvre une restructuration de la dette et les réformes budgétaires nécessaires.