(AfriquesPlus) - De Pretoria au Caire, en passant par Abuja, Addis-Abeba, Kinshasa et les capitales de l’AES, l’actualité africaine de ce jeudi 10 septembre est dominée par les préoccupations économiques, les recompositions géopolitiques et les crises sécuritaires et sanitaires. La flambée des cours du pétrole, les tensions au Sahel, la situation toujours fragile en Afrique centrale et les repositionnements de plusieurs puissances africaines sur la scène internationale constituent les principaux fils conducteurs de la journée.
Afrique du Sud : le choc pétrolier commence à peser sur l’économie
En Afrique du Sud, l’un des principaux sujets économiques du jour concerne le retour du déficit du compte courant au deuxième trimestre 2026. Selon les données de la Banque centrale sud-africaine rapportées par Reuters, le pays est passé d’un excédent au premier trimestre à un déficit au deuxième trimestre, sous l’effet notamment de la hausse du coût des importations
La situation est directement liée à l’environnement international marqué par la flambée des prix de l’énergie. Le baril de Brent évoluait jeudi au-dessus de 100 dollars, dans un contexte de fortes perturbations du trafic maritime liées au conflit entre les États-Unis et l’Iran. Cette situation renchérit notamment les importations énergétiques sud-africaines.
Le rand sud-africain a néanmoins légèrement progressé jeudi matin, alors que les marchés attendaient plusieurs indicateurs économiques, notamment les chiffres de la production manufacturière, du compte courant et de l'activité minière.
Au-delà de l’économie, la presse africaine continue également de suivre les recompositions politiques internes. Le MK Party de Jacob Zuma traverse notamment une nouvelle zone de turbulences après la dissolution de son équipe présidentielle et le remplacement de son candidat à la mairie d’eThekwini.
Nigeria : sécurité, politique et pression économique
Au Nigeria, la question sécuritaire reste au premier plan. Une information particulièrement sensible révélée ces derniers jours fait état d’un cessez-le-feu secret entre le gouvernement nigérian et Boko Haram, qui serait en vigueur depuis plusieurs mois dans certaines zones du nord-est.
Selon The New Humanitarian, l’accord aurait été lié aux négociations ayant permis la libération, en juin, de 360 civils enlevés dans le village de Ngoshe. Le gouvernement nigérian n'a toutefois pas publiquement reconnu l’existence de cet accord et continue officiellement de privilégier la lutte militaire contre les groupes jihadistes.
Cette révélation intervient alors que le président Bola Tinubu a annoncé le renforcement des capacités de l’armée nigériane, avec notamment le recrutement de dizaines de milliers de nouveaux militaires et la création de nouvelles unités. La question de la sécurité sera également l’un des enjeux majeurs de la prochaine présidentielle.
Sur le front politique, la polémique se poursuit autour de Peter Obi. La police de l’État de Benue a annoncé l’arrestation de 46 personnes après le blocage du convoi du candidat de la NDC lors de sa visite dans l’État. L’affaire nourrit déjà les inquiétudes concernant la montée des tensions politiques à l’approche des élections de 2027.
Sur le plan économique et social, la crise du coût de la vie demeure également préoccupante. Le pouvoir d’achat des ménages reste sous pression alors que le pays cherche à transformer ses réformes économiques en amélioration concrète des conditions de vie.
Éthiopie : les tensions du Tigré restent une menace
En Éthiopie, l'attention demeure focalisée sur la fragilité de la paix au Tigré, près de quatre ans après l’accord de Pretoria qui avait mis fin à la guerre entre les forces fédérales et le TPLF.
Les analyses publiées récemment soulignent que plusieurs questions fondamentales n'ont toujours pas été définitivement réglées, notamment les questions territoriales, politiques et sécuritaires. Le TPLF a par ailleurs retrouvé une capacité d'organisation politique et militaire qui alimente les inquiétudes quant à une possible reprise des hostilités.
La situation éthiopienne doit également être observée à travers le prisme de la géopolitique de la Corne de l’Afrique et du Nil. Les relations entre Addis-Abeba et Le Caire restent marquées par le dossier du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), qui continue de constituer l'un des principaux sujets de rivalité régionale.
L’Éthiopie et l’Égypte ont par ailleurs un autre point commun particulièrement important aujourd’hui : leur appartenance aux BRICS, dont le sommet doit se tenir les 12 et 13 septembre à New Delhi.
Égypte : Le Caire renforce son rôle dans les BRICS et dans la défense régionale
En Égypte, la perspective du sommet des BRICS de New Delhi constitue l’un des principaux dossiers diplomatiques.
Le Caire doit participer au sommet des 12 et 13 septembre avec une délégation de haut niveau. L’Égypte entend utiliser son appartenance aux BRICS pour renforcer ses relations commerciales, économiques et stratégiques avec les autres membres du groupe.
Le groupe compte désormais 11 membres, parmi lesquels l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie. Reuters rapporte aujourd’hui que l’Inde souhaite notamment avancer sur un projet visant à faciliter les paiements transfrontaliers grâce à l’interconnexion des monnaies numériques des banques centrales des pays membres.
Sur le terrain militaire, l’Égypte accueille également un important salon aéronautique à El-Alamein, où la Russie présente pour la première fois en Afrique son avion de combat furtif Su-57 ainsi que de nouveaux missiles à technologie hybride drone-missile. La présence de constructeurs et de délégations de Chine, de Turquie, des Émirats arabes unis et d’autres pays confirme l’ambition du Caire de devenir un important marché et centre régional de l’industrie de défense.
Le Caire cherche donc à jouer simultanément sur plusieurs tableaux : puissance militaire régionale, acteur du monde arabe et africain et membre actif des BRICS.
RDC : l’urgence Ebola s’aggrave
En République démocratique du Congo, la crise sanitaire constitue l’une des nouvelles les plus préoccupantes du continent.
L’épidémie d’Ebola, qui touche particulièrement l’est du pays, a atteint des proportions historiques. Selon l’OMS, la réponse est confrontée à un manque considérable de personnel spécialisé, de partenaires opérationnels et de financements. Le bilan communiqué récemment fait état de 3 175 décès et de plus de 6 000 cas dans plusieurs provinces
Le problème est aggravé par l’insécurité et les difficultés d’accès aux populations dans les zones contrôlées par les groupes armés. Un nouveau cas est notamment apparu dans une zone de l’est du pays contrôlée par l’AFC/M23, alors que cette région venait de déclarer la fin de l’épidémie.
L’OMS estime que la réponse nécessite encore des milliers de personnels supplémentaires et appelle les bailleurs internationaux à accroître leur financement.
La RDC fait ainsi face à un double défi : contenir l’épidémie tout en opérant dans des zones où la guerre et les déplacements de populations compliquent considérablement le travail sanitaire.
AES : le Sahel accélère son rapprochement avec la Russie
Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel, la dynamique de rupture avec les partenaires occidentaux se poursuit.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger renforcent leur coopération militaire et politique tandis que la Russie apparaît de plus en plus comme leur principal partenaire sécuritaire extérieur.
Une analyse publiée ce jeudi par El País souligne notamment le rôle croissant de la Russie et de l’Algérie dans la protection des régimes militaires du Sahel. Moscou dispose notamment de personnels de l’Africa Corps au Mali, au Niger et au Burkina Faso.
Le Niger reste particulièrement surveillé après la tentative de mutinerie survenue fin août à Niamey. Selon les informations disponibles, les forces loyales au général Abdourahamane Tiani ont bénéficié du soutien de militaires russes présents dans le pays.
Le rôle de l’Algérie est également devenu plus visible, ce qui traduit une évolution importante de la géopolitique sahélienne.
Une nouvelle architecture sécuritaire
L’AES cherche ainsi à construire progressivement une architecture sécuritaire autonome, éloignée de la CEDEAO et des anciennes puissances partenaires occidentales.
Mais cette stratégie soulève une question fondamentale : le renforcement des alliances militaires avec la Russie permet-il réellement de faire reculer durablement les groupes jihadistes ?
C’est l’un des grands enjeux auxquels sont confrontés les trois pays.
Le facteur pétrole : une nouvelle menace pour les économies africaines
Un autre sujet transversal de la presse internationale concerne la flambée du pétrole.
Le Brent a franchi la barre des 100 dollars le baril, conséquence de l’aggravation du conflit entre les États-Unis et l’Iran et des perturbations du trafic maritime dans la région du détroit d’Ormuz.
Pour les pays africains importateurs de pétrole, cette évolution pourrait rapidement se traduire par :
* une hausse du prix des carburants ;
* une augmentation des coûts de transport ;
* une pression supplémentaire sur les prix alimentaires ;
* une aggravation des déficits commerciaux ;
* et de nouvelles tensions sur les finances publiques.
Le Nigeria, producteur majeur de pétrole, pourrait au contraire bénéficier de recettes d’exportation plus importantes, même si la hausse des prix mondiaux peut aussi aggraver le coût des produits raffinés importés.
L’Afrique du Sud est déjà directement touchée par l’augmentation du coût de ses importations.
Le regard d’AfriquesPlus
L’actualité africaine de ce jeudi 10 septembre dessine un continent pris entre trois grandes dynamiques.
La première est économique, avec les conséquences de la flambée des prix de l’énergie et le risque d’un nouveau choc inflationniste. L’Afrique du Sud en donne aujourd’hui l’un des exemples les plus visibles.
La deuxième est sécuritaire. Du Nigeria au Sahel, en passant par la RDC et la Corne de l’Afrique, les États africains continuent de faire face à des crises complexes où les réponses militaires ne suffisent pas toujours à rétablir durablement la stabilité.
La troisième est géopolitique. Le poids grandissant des BRICS, l’influence russe au Sahel, le rôle croissant de l’Algérie et la volonté de l’Égypte et de l’Éthiopie de renforcer leur position internationale témoignent d’une Afrique qui cherche de plus en plus à diversifier ses partenariats.
De Pretoria à Niamey, de Lagos à Kinshasa et du Caire à Addis-Abeba, l’Afrique confirme ainsi sa place au cœur des recompositions géopolitiques mondiales.