(AfriquesPlus) - Une délégation officielle d’émissaires caribéens entame à Londres une série de discussions avec la direction du British Museum pour réclamer le rapatriement d’œuvres d’art sacrées, dans le cadre d’une offensive plus large en faveur de réparations financières et mémorielles liées à l’esclavage colonial. Révélées par le journaliste Craig Simpson dans les colonnes du quotidien britannique The Telegraph, le 6 septembre 2026, ces démarches ciblent des sculptures rituelles taïnos emportées durant la domination britannique.
Conduite par la ministre jamaïcaine de la Culture, Olivia Grange, la délégation entend obtenir la restitution d’un ensemble de statuettes en bois sculpté dénommées « zemis ». Façonnées vers le XVe siècle par le peuple autochtone taïno avant son anéantissement par les massacres, la mise en servitude et les épidémies consécutifs à la colonisation européenne, ces pièces rituelles sont conservées à Londres depuis le début du XXe siècle.
Le trio d’œuvres comprend notamment une représentation de Boinayel, le dieu de la pluie, une divinité mi-homme mi-oiseau ainsi qu’une plateforme cérémonielle servant aux substances psychotropes, découvertes dans une grotte jamaïcaine en 1792 sous l’administration coloniale.« Elles n’ont pas de prix, elles sont essentielles à l’histoire de la Jamaïque et elles appartiennent au peuple jamaïcain », rappelait la ministre de la Culture, citée par le journal londonien.
La direction du musée londonien, sous l’autorité de Nicholas Cullinan, cherche à désamorcer les contentieux en privilégiant la formule de prêts renouvelables pouvant aller jusqu’à trois ans. Ce mécanisme permet de contourner le verrou légal strict de la loi britannique qui interdit formellement au British Museum d’aliéner définitivement les biens confiés à sa garde.
Cette politique a récemment permis le prêt d’insignes royaux en or au souverain asante au Ghana, confisqués en 1874 comme indemnités de guerre, ainsi que l’envoi de plus de 80 pièces archéologiques au musée de Bombay en Inde pour déconstruire les biais coloniaux.
Les discussions incluent également l’ouverture intégrale des archives historiques sur la traite transatlantique et l’accès aux registres détaillant les indemnités versées aux propriétaires d’esclaves lors de l’abolition.
Parallèlement aux pourparlers muséaux, les représentants jamaïcains déposent ce lundi d'après le Telegraph, une pétition formelle auprès du Comité judiciaire du Conseil privé afin de solliciter l’intervention directe du roi Charles III, chef d’État de la Jamaïque.
La démarche demande un avis juridique sur la licéité de l’esclavage à l’époque où il était pratiqué, afin d’établir un fondement légal pour contraindre Londres à indemniser les préjudices subis, une orientation également explorée par l’Union africaine devant les cours internationales.
Soulignant que la Grande-Bretagne a remboursé jusqu’en 2015 l’emprunt ayant servi à dédommager les colons esclavagistes pour la perte de leur « propriété », Olivia Grange justifie cette action : « Si, à l’époque moderne, nous continuons à rembourser les maîtres d’esclaves pour la propriété qu’étaient nos ancêtres (…) pourquoi ne devrions-nous pas réclamer réparation aujourd’hui ? »