(AfriquesPlus) - En confirmant le 3 septembre sa volonté d’installer sa représentation diplomatique à Jérusalem, Félix Tshisekedi concrétise un virage stratégique engagé de longue date avec l’État hébreu. Décryptée par le journaliste Romain Gras dans les colonnes du magazine panafricain Jeune Afrique, cette orientation répond à un ensemble d’impératifs militaires dans l’est du pays, d’enjeux d’influence auprès de la Maison-Blanche et de motivations spirituelles portées par la présidence congolaise.
Ce transfert ne constitue pas une annonce impromptue. Le projet avait été directement arrêté le 21 septembre 2023 à New York entre Félix Tshisekedi et Benyamin Netanyahou, en marge des Nations unies. Selon les engagements bilatéraux évoqués par la publication, cette décision reste conditionnée à l’ouverture d’une mission diplomatique israélienne à Kinshasa, la juridiction compétente demeurant jusqu’ici basée à Luanda, en Angola.
Si ce déménagement se réalise, la RDC intégrera le groupe restreint des capitales ayant reconnu Jérusalem comme siège de leur chancellerie, aux côtés des États-Unis de Donald Trump, du Guatemala, du Honduras, du Kosovo, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Paraguay, des Fidji et du Somaliland, la plupart des autres chancelleries restant installées à Tel-Aviv en raison du statut international contesté de Jérusalem-Est.
Ce choix marque une rupture nette avec l’histoire diplomatique zaïroise, inaugurée par la suspension des relations décrétée en 1973 à la tribune de l’ONU par Mobutu Sese Seko au moment de la guerre du Kippour. Dès son élection, Félix Tshisekedi a manifesté sa volonté de sortir ces liens de leur « léthargie », comme il l’avait affirmé en mars 2020 devant l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) à Washington en annonçant une section économique à Jérusalem, rappelle le mensuel.
Selon Romain Gras, ce choix s’appuie en coulisses sur des pasteurs et conseillers proches du président faisant valoir un « attachement personnel fort » envers Israël. Cette proximité s’est matérialisée par un déplacement présidentiel en Israël en octobre 2021, puis par la visite du président Isaac Herzog à Kinshasa en novembre 2025, marquant un retour « par la grande porte » après 37 ans d’absence, observe l’analyste.
Ce rapprochement se distingue des positions traditionnelles de l’Union africaine, attachée au principe des deux États et dont le président de la commission réclamait encore en février la fin de l’« extermination » à Gaza. Alors que certains observateurs perçoivent dans cette alliance un canal direct pour obtenir les faveurs de Washington dans la médiation avec Kigali, un collaborateur présidentiel affirme dans l’enquête qu’il s’agit strictement « d’intérêts mutuels entre deux États souverains ».
Le moteur essentiel de cette relation réside toutefois dans la recomposition militaire des forces armées congolaises face aux rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda. Selon les documents consultés par JA, une délégation de haut niveau menée par le chef d’état-major de l’armée, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, et le conseiller privé Kahumbu Mandungu Bula, s’est rendue discrètement en Israël en octobre 2025.
La mission visait notamment des pourparlers avec l’industriel de défense Elbit Systems, dans la foulée des prestations assurées par des sociétés israéliennes privées pour la formation de la garde républicaine. Kinshasa espère ainsi rétablir le rapport de force sur le terrain face à une armée rwandaise entretenant elle-même des partenariats militaires réguliers avec l’État hébreu.