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Muhsin Hendricks, l'imam ouvertement gay dont le meurtre reste impuni en Afrique du Sud
Dix-huit mois après l'assassinat de l'imam sud-africain, une enquête de 1843 (The Economist) révèle une enquête policière au point mort, entachée de soupçons de corruption
 

(AfriquesPlus) - Il avait fait de sa mosquée du Cap un sanctuaire ouvert à tous, quelle que soit leur foi ou leur orientation sexuelle. Dix-huit mois après son assassinat en pleine rue, une enquête du magazine 1843 (The Economist) révèle l'inaction troublante de la police sud-africaine face à ce meurtre resté impuni.

Selon l'enquête d'Alex Perry, publiée le 10 septembre 2026 dans 1843, le supplément de The Economist, Muhsin Hendricks s'était fait connaître dans le monde entier comme le premier imam ouvertement homosexuel de l'histoire de l'islam. Né au Cap dans une famille d'imams, marié puis divorcé d'une femme avec qui il avait eu trois enfants avant de faire son coming-out en 1996, il avait fini par épouser un homme hindou et fondé sa propre mosquée, surnommée « la mosquée du peuple », où les femmes pouvaient diriger la prière et où les couples étaient mariés sans distinction de religion ou d'orientation sexuelle. 

Ses prêches, largement diffusés sur TikTok, Instagram et YouTube, défendaient une relecture du Coran selon laquelle Allah, « le plus compatissant, le plus miséricordieux », ne pouvait vouloir que les personnes homosexuelles vivent dans le mensonge. Une position qui lui avait valu des menaces de mort récurrentes, dans un pays au taux d'homicides parmi les plus élevés au monde ; lui-même confiait volontiers : « Mets ta foi en Dieu, et fais ce que tu dois faire. »

Le 15 février 2025, Hendricks s'était rendu à Gqeberha (l'ancienne Port Elizabeth) pour célébrer deux mariages interconfessionnels, dont l'un, entre deux femmes, était également une union homosexuelle qu'aucun imam local n'acceptait de bénir. À la sortie de la première cérémonie, son véhicule a été intercepté par un pick-up aux vitres teintées ; un homme en est descendu et lui a tiré trois balles à travers la vitre arrière, en à peine vingt et une secondes, avant de prendre la fuite. Le tireur, selon les images de vidéosurveillance, semblait entraîné, « peut-être un militaire ou un policier », selon l'enquête.

Une enquête au point mort, des soupçons de corruption

Dix-huit mois plus tard, malgré de nombreuses pistes exploitables — caméras de surveillance du quartier, plaque d'immatriculation du véhicule, cercle restreint de personnes informées de son emploi du temps — aucune arrestation n'a été effectuée. La porte-parole de la police de l'Eastern Cape, la brigadière Nobuntu Gantana, s'est bornée à indiquer que « l'enquête est toujours active », sans plus de détails, précisant seulement qu'un dossier avait été transmis au parquet en juillet. 

Un correspondant anonyme se présentant comme un certain « Mr Ngalo » a par ailleurs contacté les proches de Hendricks pour affirmer connaître les tueurs, deux hommes de langue xhosa selon lui recrutés par des musulmans d'origine indienne, assurant que « les tueurs ont soudoyé les enquêteurs chargés de cette affaire ». Une accusation que la police a renvoyée vers « les canaux officiels » sans l'examiner publiquement.

Sur le terrain, l'enquête relève une indifférence, voire une hostilité ouverte. Jameel Adams, prédicateur rival connu pour ses sermons appelant à « exécuter » les homosexuels au nom de la charia, a affirmé publiquement, cinq jours après le meurtre, que « maintenant que cette personne a été tuée, vous avez le droit d'être heureux ». Un imam local de sa mouvance, Zaahir Abrahams, est allé plus loin en confiant au journaliste qu'« il y a moins de bruit autour du mariage gay et de l'homosexualité en Islam » depuis la mort de Hendricks. Le Conseil judiciaire musulman d'Afrique du Sud avait lui-même condamné le meurtre tout en rappelant que les positions de l'imam défunt étaient « incompatibles avec l'enseignement islamique ».

Un an après sa mort, une cérémonie commémorative a réuni une soixantaine de fidèles de toutes confessions à la cathédrale anglicane St George's du Cap ; la plupart de ses anciens élèves et de sa famille élargie, ainsi que tous les imams orthodoxes de la ville, s'en étant tenus à l'écart par crainte de représailles. Selon la tradition soufie, sa famille a choisi de garder secret le lieu de son inhumation, de peur qu'une sépulture connue ne soit profanée.

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