(AfriquesPlus) - Cette défiance mutuelle n'est pas neuve. Depuis plus d'une décennie, les deux économies se disputent en réalité le leadership du continent — sur le plan diplomatique à l'Union africaine, sur le plan économique dans la course aux investissements étrangers — tout en entretenant des relations commerciales denses, portées notamment par l'implantation sud-africaine au Nigeria à travers des groupes comme MTN ou Shoprite, elle-même source de frictions récurrentes par le passé (amendes réglementaires, retraits de marché, différends fiscaux).
C'est dans ce terreau déjà tendu que s'inscrit la décision, rapportée par l'agence Reuters le 11 septembre 2026, du Parlement nigérian de suspendre les visites officielles et la participation des députés aux activités organisées par des institutions sud-africaines.
Le mouvement Operation Dudula, milice civile sud-africaine qui cible ouvertement les étrangers dans les townships depuis plusieurs années, est régulièrement pointé du doigt par les capitales ouest-africaines comme un symptôme d'une xénophobie tolérée, voire instrumentalisée politiquement à l'approche d'échéances électorales locales. Selon des propos du ministre d'État nigérian aux Affaires étrangères, cités par l'agence de presse, 98 Nigérians sont morts dans ce type d'incidents depuis 2022, un chiffre qu'Abuja utilise désormais comme argument central pour justifier la fermeté de sa réponse.
Le geste reste néanmoins calibré : les canaux gouvernementaux, eux, restent ouverts, ce qui trahit la volonté d'Abuja de faire pression sans provoquer de rupture. « Une vive préoccupation pour la sécurité, la dignité et le bien-être » des Nigérians vivant en Afrique du Sud, a déclaré le porte-parole du Parlement nigérian Akin Rotimi, cité par Reuters.
Pretoria avait pourtant tenté d'apaiser les tensions cet été par une visite ministérielle à Abuja conduite par le chef de la diplomatie sud-africaine Ronald Lamola, selon la même dépêche, sans que cela empêche la crise de resurgir aujourd'hui sous une forme plus institutionnelle. L'épisode relance, une fois de plus, le débat sur la solidarité panafricaine à géométrie variable qui caractérise les rapports entre grandes puissances régionales du continent, chacune prompte à revendiquer un leadership africain qu'elle peine à traduire en protection effective de ses propres diasporas.