(AfriquesPlus) - Le retrait soudain d’Uber du marché nigérian secoue le secteur des transports numériques. Après douze années de présence, la plateforme américaine annonce l’arrêt de ses activités, prenant de court des milliers de chauffeurs qui utilisaient quotidiennement l’application pour gagner leur vie. Une décision qui relance aussi le débat sur l’environnement économique et réglementaire du Nigeria.
Coup de tonnerre dans le secteur des transports numériques au Nigeria. Présent dans le pays depuis 2014, Uber a annoncé son retrait du marché nigérian, une décision qui intervient après plus d’une décennie d’activité et qui a surpris de nombreux conducteurs.
L’entreprise américaine, qui avait commencé son aventure à Lagos avant de s’étendre à plusieurs grandes villes, a également annoncé son départ de l’Ouganda dans le cadre d’une réorganisation de ses activités internationales.
Une annonce vécue comme un choc
Chez les chauffeurs, la décision passe mal, notamment en raison de la manière dont elle a été annoncée.
À Lagos, le chauffeur Kehinde Abdulraheem raconte avoir découvert la nouvelle sur les réseaux sociaux, comme de nombreux autres conducteurs.
Pour lui, l’absence d’information directe de la part de l’entreprise a accentué le sentiment de brutalité de la décision. Beaucoup de chauffeurs, qui avaient intégré Uber à leur activité quotidienne, se retrouvent désormais contraints de revoir rapidement leur stratégie professionnelle.
Mais tous ne redoutent pas un effondrement de leurs revenus. Une partie des conducteurs travaille déjà simultanément avec plusieurs plateformes.
Bolt et InDrive en embuscade
Le départ d’Uber pourrait ainsi profiter à ses concurrents. Bolt et InDrive figurent parmi les principales alternatives auxquelles les chauffeurs nigérians peuvent désormais se tourner.
Kehinde Abdulraheem explique lui-même utiliser simultanément Uber et Bolt, choisissant la course la plus intéressante lorsqu’une proposition apparaît sur l’une des deux applications.
Cette pratique illustre l’évolution du métier de chauffeur VTC au Nigeria : plutôt que de dépendre d’une seule plateforme, de nombreux conducteurs diversifient leurs sources de revenus afin de réduire les risques liés aux fluctuations de la demande ou aux décisions des entreprises.
Des chauffeurs déjà fragilisés par la crise du coût de la vie
Le départ d’Uber intervient cependant dans un contexte économique particulièrement difficile.
Depuis la suppression de la subvention aux carburants en 2023, les automobilistes nigérians doivent faire face à une forte augmentation du coût du carburant et à une inflation qui touche l'ensemble des dépenses quotidiennes.
Pour les chauffeurs de VTC, dont l’activité repose directement sur l’utilisation intensive de leurs véhicules, cette hausse des coûts pèse lourdement sur les marges.
Uber avait pourtant affirmé jouer un rôle important dans l’économie nigériane. En 2023, son directeur national de l’époque, Tope Akinwunmi, estimait que les chauffeurs utilisant la plateforme avaient collectivement généré environ **6,1 milliards de nairas de revenus annuels**.
Au-delà d’Uber, la question de l’attractivité du Nigeria
Pour certains analystes, le départ de la plateforme américaine doit être considéré comme un signal plus large.
John Onyeukwu, spécialiste des transports, estime que la décision doit conduire à s’interroger sur l’environnement dans lequel évoluent les entreprises au Nigeria : réglementation, confiance dans les institutions, conditions opérationnelles et qualité de la gouvernance.
Autrement dit, le départ d’Uber ne concerne pas seulement Uber. Il pose également la question de la capacité du Nigeria à offrir aux entreprises internationales un environnement suffisamment stable et prévisible pour y développer leurs activités sur le long terme.
Un marché qui ne disparaîtra pas avec Uber
Le retrait de la plateforme américaine ne signifie toutefois pas la fin du transport numérique au Nigeria.
Avec Bolt, InDrive et d’autres acteurs locaux ou internationaux, le marché reste concurrentiel et fortement demandeur. Les chauffeurs devraient donc continuer à travailler via les plateformes disponibles, en adaptant leurs choix aux tarifs, aux commissions et au volume de courses proposés.
Pour Uber, le Nigeria constituait pourtant l’un de ses marchés africains les plus emblématiques. Son départ après douze années de présence constitue donc un tournant symbolique pour l’économie numérique du pays.
Pour les chauffeurs, l'heure est désormais à l'adaptation. Pour les autorités nigérianes, cette décision pourrait surtout servir de rappel : dans une économie confrontée à de profondes difficultés, l’attractivité d’un marché ne dépend pas seulement de sa taille, mais aussi de la confiance qu’il inspire aux investisseurs.