(AfriquesPlus) - Kenya, Tanzanie, Ghana et Botswana ferment un à un l'accès de leurs marchés informels aux étrangers, tout en continuant de courtiser les grands investisseurs. Le président kényan William Ruto a ordonné, à compter du 7 septembre, une répression contre les commerçants étrangers exerçant dans le petit commerce et la vente ambulante.
Au Ghana, l'autorité de promotion des investissements (GIPA) a annoncé en août un renforcement des contrôles sur le commerce de détail informel, légalement réservé aux seuls citoyens ghanéens. « Quel que soit le montant que vous apportez, vous ne pouvez pas entrer dans le commerce de détail informel », a averti son directeur général, Simon Madjie, rapporte Business Insider Africa le 3 septembre 2026. La ministre du commerce, Elizabeth Ofosu-Agyare, avait de son côté pointé, dès janvier, la responsabilité de Ghanéens servant de prête-noms à des commerçants étrangers pour contourner l'interdiction. Le pays reste toutefois ouvert aux investissements étrangers dans le commerce formel, supermarchés et centres commerciaux compris.
La Tanzanie a franchi une étape plus large encore en juillet 2025, en interdisant aux non-citoyens l'exercice de quinze activités commerciales, du commerce de gros et de détail à l'argent mobile, en passant par la réparation d'électronique, les salons de coiffure, l'exploitation minière artisanale ou le courtage immobilier. Le Botswana, lui, protège de longue date certains secteurs par un système de licences réservées aux citoyens, dans le cadre de sa politique d'autonomisation économique, tout en cherchant à diversifier une économie encore très dépendante du diamant. Le Kenya s'inscrit désormais dans cette même dynamique : « Il y a des commerçants venus de pays étrangers qui se sont mis à vendre des couettes et d'autres articles dans la rue », a déclaré William Ruto lors d'une rencontre avec des représentants de petites entreprises, avant d'annoncer une législation destinée à définir les activités réservées aux Kényans.
Ce type de mesure n'est pas inédit sur le continent. Dès 1972, le Nigeria avait engagé, avec son décret d'indigénisation, une politique de réservation de pans entiers de son économie à ses ressortissants, tandis que plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest ont, à intervalles réguliers depuis les années 1990, mené des campagnes contre la présence de commerçants étrangers, notamment ouest-africains eux-mêmes, dans leurs marchés informels.
Cette vague de restrictions intervient alors que l'Union africaine promeut, à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), une intégration économique reposant précisément sur la libre circulation des biens, des services et, à terme, des personnes entre États membres. Le paradoxe est notable : les commerçants visés par ces réglementations sont souvent eux-mêmes africains, originaires de pays voisins, ce qui place ces politiques de réservation nationale en tension directe avec le discours d'intégration continentale porté par ailleurs par plusieurs de ces mêmes gouvernements.
Le débat n'est pas étranger au Sénégal, où des associations de commerçants ont, à plusieurs reprises ces dernières années, réclamé un encadrement plus strict de l'installation de commerces tenus par des ressortissants étrangers dans des marchés comme Sandaga ou les quartiers commerçants de Dakar, sans qu'une législation aussi explicite que celles adoptées à Accra, Dodoma ou Nairobi n'ait pour l'instant été mise en place. Le mouvement observé au Kenya, en Tanzanie, au Ghana et au Botswana pourrait ainsi alimenter, dans d'autres capitales africaines, des appels similaires à réserver le petit commerce aux nationaux.