(AfriquesPlus) - À la suite de la mutinerie et de la tentative de putsch avortées des 28 et 29 août à Niamey, les accusations formulées par un officier de l’armée nigérienne contre de hauts gradés tchadiens ont ravivé une crise diplomatique latente.
Dans une enquête publiée par Jeune Afrique ce 8 septembre, Mathieu Olivier détaille comment les mouvements rebelles transfrontaliers et les recompositions géopolitiques régionales alimentent la méfiance entre les deux voisins sahéliens.
L’analyste explique que les craintes réciproques de Niamey et de N’Djamena trouvent leur origine dans les vastes espaces désertiques bordant le sud libyen.
Du côté tchadien, la menace principale reste incarnée par le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) et le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR). Après avoir tiré profit des trafics d’or et de carburant en Libye, ces mouvements ont été chassés par le maréchal Khalifa Haftar, sous l’impulsion d’une médiation émiratie avec N’Djamena.
Repoussés vers la région nigérienne d’Agadez et le plateau du Djado, ces combattants profitent des difficultés sécuritaires de la junte d’Abdourahamane Tiani pour reconstituer leurs bases arrière.
L’article souligne l’apparition de nouvelles fractures autour du Front patriotique de libération (FPL), groupe rebelle nigérien exigeant le rétablissement de Mohamed Bazoum. Arrêté dans le sud libyen, son dirigeant Mahmoud Salah a été libéré fin juin sur intervention de Saddam Haftar, scellant un soutien affiché de Benghazi au FPL contre la junte nigérienne.
En réaction, Niamey s’est rapproché de Tripoli et d’Alger, le Premier ministre Ali Lamine Zeine s’étant rendu auprès du gouvernement d’union nationale libyen. Des sources sécuritaires à N’Djamena rapportent la présence discrète d’éléments du FPL dans la capitale tchadienne, renforçant les soupçons de Niamey en raison de connexions communautaires touboues.
Cette défiance explique le refus d’Abdourahamane Tiani de se rendre au Forum africain de l’eau organisé au Tchad en juillet. Le reporter rappelle également que tout en restant un partenaire central de l’Algérie et du Niger, la Russie maintient des liens étroits avec le clan Haftar, comme en témoigne la réception de Saddam Haftar au Kremlin par Vladimir Poutine le 19 août.