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Pourquoi les universités africaines doivent changer de méthode
Dans une tribune publiée le 8 septembre 2026 sur le blog Africa at LSE, le chercheur nigérian Abejide Ade-Ibijola plaide pour l'intégration d'un volet commercial obligatoire dans les diplômes de master et de doctorat sur le continent
 

(AfriquesPlus) - Chaque année, des milliers de mémoires et de thèses sont soutenus sur le continent sans qu'une question essentielle ne soit jamais posée : que pourraient en faire la société ou le marché ? Dans une tribune publiée le 8 septembre 2026 sur le blog Africa at LSE, le chercheur nigérian Abejide Ade-Ibijola plaide pour l'intégration d'un volet commercial obligatoire dans les diplômes de master et de doctorat africains.

Professeur d'intelligence artificielle à la Johannesburg Business School et fondateur de GRIT Lab Africa, Abejide Ade-Ibijola rappelle que les universités africaines forment leurs étudiants de troisième cycle à identifier des lacunes de recherche, produire du savoir et défendre leurs résultats — sans jamais vraiment leur demander : « quelle valeur peut être créée à partir de ce savoir ? ». Un enjeu d'autant plus urgent, selon lui, que la Banque mondiale évalue à 10 à 12 millions le nombre de jeunes Africains qui entrent chaque année sur le marché du travail, pour seulement 3 millions d'emplois formels créés annuellement. Une étude de suivi des docteurs sud-africains citée dans la tribune montre certes un bon taux d'employabilité global, mais aussi un nombre limité de postes académiques disponibles et des difficultés, pour certains jeunes diplômés, à trouver un emploi correspondant à leur expertise.

Pour l'auteur, les esprits les plus qualifiés du continent « ne devraient pas seulement se disputer des postes existants » : « certains devraient être équipés pour en créer de nouveaux ». Un chercheur ayant consacré plusieurs années à un problème complexe détient souvent, selon lui, un algorithme, un procédé, une base de données ou une méthodologie à valeur économique réelle. Un potentiel que la formation doctorale n'évalue presque jamais sérieusement.

Le continent ne manque pourtant pas d'initiatives dédiées à l'entrepreneuriat, souligne Ade-Ibijola, citant la stratégie « Jobs for Youth in Africa » de la Banque africaine de développement (25 millions d'emplois visés, 50 millions de jeunes à former), les plus de 76 millions de livres sterling investis par la Fondation Tony Elumelu dans l'entrepreneuriat africain, ou encore la stratégie continentale de l'Union africaine pour la science et l'innovation à l'horizon 2034. Le problème, selon lui, tient surtout au séquençage : incubation, stratégie de propriété intellectuelle et validation de marché n'interviennent généralement qu'après la remise du diplôme, une fois que le chercheur a déjà quitté son laboratoire, moment où, dans ses mots, « la réflexion commerciale arrive trop tard ».

Sa proposition : intégrer cette réflexion à la recherche elle-même, en exigeant des candidats au master et au doctorat qu'ils évaluent, avant de soutenir leur diplôme, le potentiel commercial ou de transfert de leurs travaux, en se demandant, dans ses termes, « ce que, dans cette recherche, quelqu'un serait prêt à payer, financer ou adopter ». 

Cette évaluation devrait dépasser le seul secteur privé pour englober l'achat public, l'adoption clinique par un hôpital ou le financement d'un déploiement par une organisation de développement, en examinant marché potentiel, statut de la propriété intellectuelle et modèle économique envisageable. Il ne s'agit pas, précise l'auteur, de transformer chaque thèse en start-up : « l'objectif n'est pas de faire de chaque thèse une start-up », mais de permettre à chacun de reconnaître quand elle pourrait le devenir, sachant qu'une évaluation rigoureuse peut tout à fait conclure qu'une commercialisation serait prématurée.

Pour que cette exigence ne devienne pas une simple formalité, Ade-Ibijola propose aussi de faire évoluer les soutenances elles-mêmes : lorsque le potentiel de transfert est significatif, un professionnel du secteur concerné devrait rejoindre le jury, aux côtés des examinateurs académiques, pour interroger l'existence d'un marché ou d'un client identifiable. Les universités pourraient ainsi distinguer certains travaux comme présentant un « fort potentiel de commercialisation », transformant alors la soutenance en point de départ d'un projet plutôt qu'en simple aboutissement académique. Car face à l'afflux annuel de jeunes sur le marché du travail africain, conclut l'auteur, les chercheurs de troisième cycle ne devraient pas seulement se demander où leur diplôme peut les mener, mais aussi, dans ses propres mots, « que puis-je construire grâce à ce que je sais désormais ? ».

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