(AfriquesPlus) - Depuis le putsch de septembre 2021, Paris a fait le pari de maintenir le dialogue avec Mamadi Doumbouya plutôt que de rompre, quand plusieurs voisins ouest-africains dirigés par des juntes ont préféré se rapprocher de Moscou, rapporte Jeune Afrique dans un article de Marième Soumaré et Fatoumata Diallo publié le 14 septembre 2026. L'ambassadeur français à Conakry, Luc Briard, a défendu ce choix publiquement à l'occasion de la fête nationale, revendiquant un accompagnement de la transition guinéenne plutôt qu'un retrait. Au-delà des liens personnels prêtés au président guinéen avec la France, le journal souligne que l'intérêt économique pèse tout autant, la France assurant notamment, via Alstom, la signalisation ferroviaire du gisement de fer de Simandou, projet évalué à plus de 20 milliards de dollars d'investissements.
Ce choix expose toutefois Paris à des critiques croissantes. Jeune Afrique rappelle que malgré des assurances de vigilance sur les droits humains, la France est restée longtemps discrète sur la vague de disparitions forcées visant des opposants et des membres de la société civile depuis l'arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya. Une demande d'enquête indépendante formulée après la découverte de corps dans une fosse commune à Forécariah fin août a été perçue comme un geste inhabituel, sans convaincre pour autant les activistes en exil, qui dénoncent un silence prolongé bien différent de la fermeté affichée par Emmanuel Macron contre l'ancien président Alpha Condé en 2020.
L'article relève que la France n'est pas seule à ménager Conakry, citant le cas d'opposants guinéens exilés au Sénégal ayant dû quitter Dakar après des incidents ou des restrictions attribués à la volonté d'éviter toute tension diplomatique avec la Guinée. Ce climat régional de prudence s'explique en grande partie par l'essor économique du pays, les investissements étrangers ayant grimpé de manière spectaculaire entre 2024 et 2025, selon des chiffres de la Cnuced cités par Jeune Afrique.
Paris entend profiter de cette dynamique, une délégation d'entreprises françaises ayant été conduite à Conakry par Bpifrance autour du plan de développement lié à Simandou, tandis que plusieurs groupes français sont déjà engagés dans de grands chantiers d'infrastructures. L'ambassadeur Luc Briard récuse toute idée de prédation, affirmant que les entreprises françaises représentent une part marginale du PIB guinéen.