(AfriquesPlus) - La crise de Ceuta est en train de modifier les rapports entre Rabat et Madrid. Aziz Daouda, pour Morocco World News, analyse la nouvelle posture du Maroc face aux accusations espagnoles et estime que Rabat cherche désormais à imposer un autre cadre au débat.
Après plusieurs semaines de silence, les autorités marocaines ont rejeté les accusations selon lesquelles elles auraient volontairement facilité l’arrivée massive de migrants à Ceuta. Pour l’auteur, Rabat entend désormais déplacer la charge de la preuve vers ceux qui l’accusent, alors que des documents déclassifiés du renseignement espagnol, le CNI, montrent que Madrid avait été averti de mouvements annonçant une possible arrivée importante de migrants.
Cette révélation fragilise, selon Aziz Daouda, le récit qui faisait principalement du Maroc le responsable de la crise. Elle pose aussi la question de la préparation des autorités espagnoles et de leur capacité à exploiter les informations dont elles disposaient. Dans le même temps, Ceuta s’est imposée comme un sujet de politique intérieure en Espagne, utilisé notamment par les partis d’opposition sur les questions d’immigration, de sécurité et de souveraineté.
L’auteur envisage plusieurs scénarios pour la suite : une désescalade entre les deux pays, une intensification de la campagne politique contre le Maroc ou encore une relation davantage fondée sur des rapports de force. Rabat dispose notamment de leviers importants dans les domaines de la migration, de la sécurité, du renseignement et de la lutte contre les trafics, qui rendent la coopération avec l’Espagne stratégique.
Aziz Daouda estime enfin que la crise de Ceuta ne peut être dissociée des autres dossiers sensibles entre les deux pays, notamment le Sahara occidental, les enclaves espagnoles et l’immigration. Une détérioration durable de la confiance pourrait ainsi dépasser le seul contentieux migratoire. Pour l’auteur, le Maroc ne ferme pas la porte au dialogue, mais entend désormais faire comprendre à Madrid que sa coopération ne peut fonctionner durablement dans un climat de suspicion permanente.