(AfriquesPlus) - Dans une analyse publiée ce 14 septembre 2026 par The New Humanitarian, la journaliste Patricia Huon décrit les mécanismes financiers qui permettent au M23, soutenu par le Rwanda, de maintenir son contrôle sur une partie de l’est de la République démocratique du Congo.
Depuis la prise de Goma et de Bukavu en 2025, le mouvement s’est progressivement transformé en pouvoir de fait dans les territoires qu’il contrôle. Sa principale source de revenus repose sur un système de taxation qui touche les entreprises, les commerçants, les transporteurs, les habitants et même certaines organisations humanitaires. Des taxes sont également prélevées sur les échanges transfrontaliers avec le Rwanda et l’Ouganda.
Le M23 cherche parallèlement à mettre en place ses propres structures financières et administratives. Il a notamment relancé certaines activités de la CADECO et créé une autorité chargée de réguler le secteur financier dans les zones sous son contrôle. Mais ces dispositifs restent limités, notamment en raison de la fermeture du système bancaire national et de l’absence d’accès aux mécanismes internationaux de transfert de fonds. Cette situation contribue à la paralysie de l’économie locale et pousse une partie des transactions vers le Rwanda.
Les ressources minières constituent l’autre pilier de cette économie de guerre. Le M23 contrôle notamment des zones liées à l’exploitation du coltan, dont les revenus sont prélevés à différents niveaux de la chaîne. Selon des experts de l’ONU cités par The New Humanitarian, les taxes sur l’activité minière de Rubaya rapporteraient au mouvement environ 800 000 dollars par mois. Le groupe aurait également pris le contrôle de corridors reliant les zones minières aux marchés régionaux. L’article évoque par ailleurs le pillage d’une importante mine d’or du Sud-Kivu, pour une valeur estimée à 70 millions de dollars par son propriétaire.
Une partie des minerais extraits dans les territoires contrôlés par le M23 transite ensuite par le Rwanda, où ils peuvent être mélangés à la production locale et réexportés. Cette situation alimente les accusations visant Kigali, qui dément soutenir directement le M23, mais dont l’appui militaire au mouvement est largement documenté par les sources citées dans l’article. Les auteurs soulignent également le rôle des réseaux commerciaux internationaux et de la forte demande mondiale en minerais utilisés dans l’industrie technologique.
Au-delà du financement du conflit, cette économie profite peu à la population congolaise. La fermeture de l’aéroport de Goma, l’effondrement du système bancaire, les difficultés d’approvisionnement et les combats ont fortement dégradé l’activité économique. Entre le blocus financier imposé par Kinshasa et les prélèvements du M23, les habitants et les entreprises se retrouvent ainsi pris entre deux systèmes de contraintes, tandis que l’exploitation des ressources continue de contribuer à la pérennisation du conflit.