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Sénégal, John McIntire juge le nouveau programme du FMI insuffisant
L’analyste estime que les financements annoncés risquent surtout de repousser les difficultés du pays sans traiter la question de fond : le poids de la dette publique. Il met également en cause l’approche des institutions financières internationales.
 

(AfriquesPlus) - Le nouvel accord envisagé avec le Fonds monétaire international (FMI) ne réglerait pas, selon l’analyste John McIntire, les difficultés fondamentales liées à la dette du Sénégal. Dans une analyse publiée le 9 septembre 2026 sur sa plateforme Substack, il estime que le financement attendu ne ferait que repousser les échéances sans s’attaquer suffisamment au problème de solvabilité du pays.

Dans son texte intitulé « The irresponsibility of the IMF and the World Bank in Senegal », McIntire revient sur l’accord au niveau des services du FMI annoncé récemment par Dakar. Celui-ci doit ouvrir la voie à un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars, destiné à accompagner le programme de réformes économiques et financières du Sénégal pour la période 2026-2029. L’accord reste toutefois soumis à l’approbation de la direction et du conseil d’administration du Fonds.

L’auteur estime que les informations disponibles sur le contenu précis du programme restent limitées. Il relève notamment que le communiqué du FMI évoque des « actions correctives décisives » liées au dossier de mauvaise communication des données financières, sans détailler les mesures que le Sénégal devra effectivement mettre en œuvre avant l’approbation du programme.

John McIntire critique également le projet de reprofilage de la dette extérieure présenté par le gouvernement sénégalais. Selon lui, le périmètre des dettes susceptibles d’être restructurées pourrait être beaucoup plus réduit que ne le laisse penser la communication officielle. Il avance notamment l’hypothèse que moins de 25 % de la dette publique sénégalaise pourrait finalement entrer dans le champ d’une restructuration au titre du Cadre commun du G20.

L’analyse attire aussi l’attention sur les arriérés intérieurs de l’État, qui ne peuvent pas, selon McIntire, être traités de la même manière que certaines dettes extérieures. Il cite notamment les salaires publics, les subventions aux carburants et les transferts aux entreprises publiques. L’auteur s’appuie également sur les déclarations du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo devant l’Assemblée nationale, selon lesquelles les arriérés de paiement pourraient représenter entre 8 et 9 % du PIB.

Autre sujet soulevé : les garanties accordées par l’État sous le régime de Macky Sall. McIntire estime que ces engagements pourraient représenter entre 8 et 10 % du PIB et constituer des passifs supplémentaires difficilement restructurables.

L’auteur met par ailleurs en doute l’idée selon laquelle le nouveau programme du FMI permettrait de mobiliser rapidement d’importants financements de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires. Il considère que ces nouvelles ressources pourraient surtout servir à honorer les échéances existantes plutôt qu’à financer des investissements publics productifs.

Dans ses projections, McIntire estime que le FMI cherchera à faire approuver rapidement le nouveau programme, notamment avant les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale prévues du 12 au 18 octobre 2026. Il anticipe également un décaissement initial d’au moins 500 millions de dollars, destiné notamment à couvrir des obligations financières du Sénégal envers ses créanciers. Ces éléments relèvent toutefois des scénarios avancés par l’auteur et non d’annonces officielles déjà confirmées.

L’analyse établit enfin un lien entre la situation sénégalaise et la stabilité financière de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). McIntire estime que le FMI et la Banque mondiale cherchent notamment à éviter une crise bancaire régionale qui pourrait mettre sous pression le franc CFA et l’équilibre financier de l’Union.

Pour l’auteur, une solution durable passerait plutôt par une restructuration beaucoup plus profonde de la dette publique, y compris de certaines obligations officielles, ainsi que par l’établissement des responsabilités dans l’affaire de la dette cachée. Il appelle également à davantage de transparence de la part des institutions financières internationales sur leur propre rôle dans le suivi des finances publiques sénégalaises.

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