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Somalie, les faux droits d’auteur deviennent une arme contre la presse indépendante
Le Somali Journalists Syndicate (SJS) alerte sur une multiplication de faux signalements pour violation de droits d’auteur visant des médias et journalistes critiques du pouvoir
 

(AfriquesPlus) - En Somalie, la censure de la presse indépendante passe désormais aussi par les réseaux sociaux. Dans une enquête publiée le 30 août 2026, le Somali Journalists Syndicate (SJS) alerte sur une multiplication de faux signalements pour violation de droits d’auteur visant des médias et journalistes critiques du pouvoir. Ces procédures entraînent le retrait de contenus, des restrictions de comptes et parfois des demandes d’argent pour mettre fin aux attaques.

Plusieurs médias basés à Mogadiscio et au Puntland sont concernés. Sahal Cable TV, SBC Somali TV, Himilo Media, Gaylan Media, Xogbile Media et Shabelle TV ont vu des vidéos supprimées ou leur visibilité réduite après des plaintes déposées via les outils de protection des droits de Meta. Dans plusieurs cas, les plaignants semblent être des comptes ou structures sans activité médiatique identifiable. Certains journalistes ont ensuite reçu des messages WhatsApp exigeant jusqu’à 1 500 dollars pour faire cesser les signalements.

Le cas de Gaylan Media, qui revendique plus d’un million d’abonnés, illustre l’ampleur du phénomène. Le média affirme avoir subi environ 22 fausses plaintes entre fin juin et début août. Malgré ses contestations, plusieurs contenus sont restés indisponibles. Pour Himilo Media, treize plaintes ont été enregistrées en une seule semaine contre des reportages portant notamment sur des tensions politiques, des opérations de sécurité et une réunion de chefs traditionnels.

Ces attaques interviennent surtout lorsque les médias traitent de sujets politiquement sensibles. Les reportages sur les manifestations de l’opposition à Mogadiscio, les tensions entre le gouvernement fédéral et le Puntland ou encore les conflits institutionnels avec les États régionaux sont particulièrement exposés. Le SJS relève des signalements similaires contre plusieurs autres médias entre janvier et juin 2026.

Le phénomène ne se limite cependant pas aux faux copyrights. Des journalistes ont également subi des tentatives de piratage, des restrictions de comptes ou des suppressions pour des motifs liés aux règles de Facebook. Le journaliste Cumar Buule, par exemple, affirme avoir perdu la possibilité d’utiliser son propre nom sur la plateforme après un signalement pour usurpation d’identité. D’autres, comme Zakariye Timacadde, ont vu des contenus consacrés à des opérations policières ou à des questions de sécurité retirés.

L’affaire prend une dimension plus préoccupante encore avec les accusations visant certaines institutions publiques. Selon un ancien employé cité anonymement par le SJS, des membres de la police et du National Intelligence and Security Agency (NISA) transmettraient au ministère de l’Information les noms de journalistes et des contenus jugés critiques. Le ministère aurait ensuite été en contact avec la National Communications Authority (NCA) et Meta pour obtenir des suppressions. Ces accusations ne sont toutefois pas établies de manière indépendante. Les responsables du ministère interrogés par le SJS nient avoir demandé la censure de contenus, tout en reconnaissant que leur département entretient des relations avec Meta. La NCA n’a pas répondu aux sollicitations du syndicat et Meta n’a pas davantage répondu.

Le cas de Mascuud Warsame, fondateur de Xogbile Media, montre surtout les conséquences de cette pression sur le travail journalistique. Après avoir subi des restrictions en ligne et avoir été détenu pendant 39 jours par les services de renseignement, il affirme désormais éviter certains sujets critiques à l’égard du gouvernement. La menace numérique vient ainsi renforcer une pression physique et judiciaire déjà documentée contre les journalistes.

Cette situation rejoint les constats de Human Rights Watch, qui relevait déjà dans son rapport 2026 que les autorités fédérales et régionales somaliennes continuaient d’intimider, d'arrêter et de poursuivre des journalistes, avec des restrictions particulièrement fortes sur la couverture des questions de sécurité.

L’enjeu est d’autant plus important que Facebook constitue l’un des principaux canaux d’information en Somalie. Pour les médias indépendants, perdre une page ou voir sa portée réduite revient donc à perdre une partie essentielle de son audience. Une autre organisation médiatique somalienne, Somali Stream, a elle aussi dénoncé en août la répétition de plaintes visant ses productions originales sur les plateformes de Meta.

L’enquête du SJS met ainsi en lumière une nouvelle forme de pression sur la presse : détourner les mécanismes automatisés de modération et de protection des droits d’auteur pour rendre invisibles les médias gênants. Qu’elles soient orchestrées par des acteurs privés cherchant à extorquer de l’argent ou qu’elles soient liées à une stratégie de pression politique - ce que l’enquête n’établit pas définitivement - ces pratiques ont le même effet : réduire l’espace disponible pour le journalisme indépendant dans un pays où les autorités sont déjà régulièrement accusées de restreindre la liberté d’expression.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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