(AfriquesPlus) - À Springfield, dans l’Ohio, la communauté haïtienne vit désormais avec la peur des arrestations et des expulsions. Dans un article publié le 9 septembre 2026 par The Guardian, le journaliste Stephen Starr raconte les conséquences humaines du durcissement de la politique migratoire de l’administration Trump.
Le décès de Pierre Damas Bel, 20 ans, cristallise cette inquiétude. Étudiant en physiologie et neurosciences, ancien joueur de football et espoir d’intégrer un jour une faculté de médecine, le jeune Haïtien portait depuis l’été un bracelet électronique imposé par les services de l’immigration, l’ICE. Quelques jours après sa rentrée universitaire, il a été mortellement percuté par un camion après avoir marché sur une autoroute. La police enquête sur une possible mort volontaire. Son père estime que le dispositif avait profondément affecté son fils, notamment en raison des humiliations et des moqueries qu’il subissait.
Le reportage décrit une communauté de plus en plus exposée aux contrôles. Depuis la décision de la Cour suprême, en juin, autorisant la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour environ 350 000 Haïtiens, les opérations de l’ICE se sont intensifiées à Springfield. Des arrestations ont lieu dans les rues ou aux domiciles. Au moins une trentaine de Haïtiens, dont deux pasteurs, auraient été détenus ces dernières semaines. Les églises se vident et certains commerces haïtiens ont fermé leurs portes.
Stephen Starr rapporte également le témoignage de William, un Haïtien arrivé aux États-Unis en 2023. Après avoir travaillé dans deux entreprises de l’Ohio et épousé une Américaine, il a été arrêté lors d’un contrôle de l’ICE et expulsé vers Haïti. Il affirme avoir dû quitter à nouveau le pays en raison de l’insécurité et des menaces qui pèsent sur les personnes récemment expulsées des États-Unis. Il vit désormais en République dominicaine.
Le cas de William illustre une autre réalité mise en avant par le reportage : avoir un emploi, être marié à un citoyen américain ou avoir engagé une procédure d’immigration ne protège pas nécessairement contre l’expulsion. La politique menée par Washington bouleverse ainsi la vie familiale, religieuse et économique d’une communauté qui avait contribué à redynamiser Springfield.
À travers ces témoignages, The Guardian décrit une population prise entre deux menaces : la politique migratoire américaine et la violence qui continue de ravager Haïti. Pour ces migrants, retourner au pays ne signifie donc pas nécessairement retrouver la sécurité.