(AfriquesPlus) - La mise en place d’un prix mondial du carbone pour le transport maritime international continue de diviser les États membres de l’Organisation maritime internationale (OMI). Lors des négociations techniques tenues du 1er au 4 septembre à Londres, 38 pays ont explicitement soutenu le principe d’une tarification des émissions et l’utilisation des recettes qui en découleraient, tandis que 17 États, principalement producteurs de pétrole, s’y sont opposés.
Ces discussions s’inscrivent dans la perspective de l’adoption du Cadre pour la neutralité carbone (NZF), un dispositif destiné à accélérer la décarbonation du transport maritime mondial. Le mécanisme prévoit notamment une tarification des émissions de gaz à effet de serre ainsi qu’un renforcement des exigences sur l’intensité carbone des carburants utilisés par les navires.
Le NZF pourrait générer entre 10 et 15 milliards de dollars de recettes annuelles, selon les éléments communiqués par Opportunity Green. Ces ressources doivent notamment contribuer à accompagner la transition du secteur et à répondre aux enjeux d’équité entre pays développés et pays en développement.
« Ces négociations ont démontré un fort esprit de solidarité face aux tentatives flagrantes de saper la crédibilité, l’ambition et l’équité d’un accord multilatéral âprement négocié », estime Em Fenton, directrice principale d’Opportunity Green. Elle appelle les États membres à préserver cette dynamique lors de la reprise des discussions.
Au-delà du principe d’un prix du carbone, l’un des principaux enjeux porte sur l’utilisation des recettes générées par le mécanisme. Pour plusieurs pays et organisations, ces ressources sont indispensables pour rendre la transition du transport maritime compatible avec les impératifs de justice climatique.
« Sans recettes, aucun compromis n’est possible », affirme la docteure Dola Oluteye, chercheuse principale à l’Institut de l’énergie de l’University College London et fondatrice du Réseau consultatif technique professionnel africain (PATNA). Selon elle, plusieurs pays africains proposent déjà des pistes pour organiser et distribuer le futur fonds.
L’enjeu est particulièrement important pour les économies africaines, qui dépendent fortement du transport maritime pour leurs échanges commerciaux et qui restent exposées aux conséquences économiques d’une transition énergétique mondiale. La mise en place d’un mécanisme international permettrait, selon ses promoteurs, d’éviter que les coûts de la décarbonation ne soient supportés de manière disproportionnée par les pays les plus vulnérables.
Des oppositions persistantes
Le soutien au mécanisme n’est toutefois pas unanime. Dix-sept pays ayant pris la parole lors de la réunion se sont opposés à la tarification du carbone et aux recettes associées, en invoquant notamment les coûts supplémentaires susceptibles de peser sur le secteur maritime.
Pour Lukas Leppert, président de la Clean Shipping Coalition, ces résistances ne doivent pas remettre en cause le compromis déjà construit au sein de l’OMI. Il estime que le Cadre pour la neutralité carbone constitue aujourd’hui l’option la plus aboutie pour mettre en œuvre la stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre adoptée par l’organisation en 2023.
Jamie Yates, responsable du climat et des énergies renouvelables chez Pacific Environment, partage cette analyse. Selon lui, aucune proposition alternative ne s’est clairement imposée au cours des discussions de septembre, faisant du NZF « l’option la plus solide et viable » parmi celles examinées.
Le dossier reste néanmoins politiquement sensible, notamment en raison de l’opposition des États-Unis et de plusieurs grands pays producteurs de pétrole. Le NZF avait été approuvé en avril 2025 à l’issue d’un vote serré, avec 57 voix contre 49, mais son adoption définitive a depuis été retardée.
Vers une nouvelle échéance en décembre
Les États membres doivent désormais poursuivre leurs discussions techniques avant de se prononcer sur l’adoption formelle du Cadre. Un nouveau groupe de travail de l’OMI se réunira du 23 au 27 novembre, avant la 85e session du Comité de la protection du milieu marin, prévue du 30 novembre au 3 décembre.
Une réunion extraordinaire du Comité est ensuite programmée le 4 décembre pour examiner l’adoption du NZF.
Pour Jesse Fahnestock, directeur de la décarbonation au Forum maritime mondial, les États doivent continuer à rechercher un compromis tout en préservant l’ambition de la stratégie adoptée en 2023. Il estime que le futur dispositif devra notamment créer les conditions nécessaires aux investissements de long terme dans les technologies zéro émission.
L’OMI s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone du transport maritime international « d’ici ou autour de 2050 », conformément à sa stratégie révisée de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’adoption d’un prix mondial du carbone constitue désormais l’un des principaux tests de la capacité de l’organisation à transformer cet engagement en règles contraignantes à l’échelle internationale.