(AfriquesPlus) - Une intense controverse secoue l’Afrique du Sud après la diffusion d’un spot publicitaire pour la marque de whisky The Glenlivet associant son produit à la marche historique des femmes de 1956. Rapportée le 6 septembre par Nadia Bouchenni avec l’AFP, l’affaire suscite l’indignation des familles des figures de la libération nationale, choquées par la récupération commerciale d’un combat payé au prix fort.
Le clip promotionnel mettait en scène l’actrice sud-africaine Dineo Moeketsi Langa contemplant les portraits de cinq figures de la lutte contre la ségrégation raciale, parmi lesquelles Winnie Madikizela-Mandela. La vidéo établissait un rapprochement direct entre Sophia Williams-De Bruyn, âgée de 18 ans lors du rassemblement de 1956, et le vieillissement de 18 ans du spiritueux.
Cette séquence en noir et blanc s’inspirait du défilé du 9 août 1956, au cours duquel 20 000 femmes avaient marché vers le siège du gouvernement à Pretoria pour rejeter l’imposition des livrets de circulation aux populations noires. Cette marche demeure un jalon majeur de la résistance jusqu’à l’avènement de la démocratie en 1994.
Dans une déclaration commune, les familles des militantes ont condamné l’instrumentalisation du sacrifice de leurs aînées à des fins purement mercantiles.
« Notre histoire a été payée par du sang, des séparations et d’immenses souffrances », ont rappelé les proches des disparues, dénonçant également l’incongruité d’associer l’alcool à cette mémoire, alors que les boissons alcoolisées ont historiquement servi d’outil d’oppression sous la domination coloniale et l’apartheid.
Dans les colonnes du quotidien Daily Maverick, l’universitaire et écrivaine Athambile Masola, maîtresse de conférence à l’université du Cap, déplore qu’une campagne « a banalisé l’histoire de la lutte contre l’apartheid au nom du consumérisme », ajoutant que « l’idée de porter un toast en l’honneur des femmes du passé, tout en se remémorant leur histoire, en occulte la portée et la douleur ».
Dernière survivante parmi les dirigeantes du cortège, Sophia Williams-De Bruyn, aujourd’hui âgée de 88 ans, a souligné n’avoir jamais donné son consentement à cette exploitation promotionnelle.
Face à la réprobation générale, Glenlivet, filiale du groupe français Pernod Ricard, a retiré la vidéo de l’ensemble de ses plateformes et présenté des excuses publiques, précisant ouvrir une enquête interne sur la validation de ce projet.
Jugeant cette suppression insuffisante pour réparer le préjudice mémoriel, les familles réclament un échange direct avec les dirigeants mondiaux de l’entreprise