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Washington veut renforcer sa stratégie face à la menace jihadiste au Sahel
Le représentant démocrate de Californie Jimmy Panetta annonce le dépôt d’un projet de loi bipartisan consacré à la sécurité du Mali et à la lutte contre le terrorisme. Le texte s'intitule : Mali Security Partnership and Counterterrorism
 

(AfriquesPlus) - La dégradation de la situation sécuritaire au Sahel pousse Washington à revoir son approche. Le 2 septembre 2026, le représentant démocrate de Californie Jimmy Panetta a annoncé au Congrès américain le dépôt d’un projet de loi bipartisan consacré à la sécurité du Mali et à la lutte contre le terrorisme. Le texte, baptisé Mali Security Partnership and Counterterrorism Act, est cosoutenu par le républicain Joe Wilson.

L’initiative intervient alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger font face à une progression persistante des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Les trois pays, désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel, ont parallèlement pris leurs distances avec plusieurs partenaires occidentaux traditionnels et renforcé leurs relations avec la Russie. Pour Washington, cette recomposition modifie profondément l’équilibre sécuritaire de la région.

Le projet de loi entend notamment demander au département d’État américain de dresser une évaluation complète de la menace jihadiste au Mali et de ses prolongements dans les pays voisins. Une attention particulière serait accordée au JNIM, affilié à Al-Qaïda, dont l’influence et les capacités opérationnelles se sont renforcées dans différentes zones du Sahel. Washington veut également mieux comprendre les liens entre les groupes actifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Au-delà de la dimension strictement militaire, le texte met l’accent sur les mécanismes qui permettent aux organisations jihadistes de financer leurs activités. Le secteur aurifère malien figure au premier plan. Le projet prévoit d’étudier l’utilisation de l’or, des circuits commerciaux clandestins, de la contrebande, de l’extorsion et des prélèvements imposés aux populations ou aux acteurs économiques comme sources de financement des groupes armés.

Cette approche traduit une volonté américaine de regarder le phénomène jihadiste comme un problème à la fois sécuritaire, économique et politique. Le projet demande ainsi une cartographie des routes de transit, des intermédiaires financiers et des réseaux facilitant les activités des groupes extrémistes. Il prévoit également une évaluation de l’efficacité des sanctions américaines et des autres instruments dont dispose Washington.

Pour Jimmy Panetta, le Mali ne peut toutefois pas être traité séparément du reste du Sahel. Dans le communiqué annonçant le projet de loi, le parlementaire estime que l’instabilité politique dans les pays voisins peut favoriser à la fois la circulation des groupes armés et l’extension de leur influence. Il appelle donc à une stratégie diplomatique américaine qui dépasse les frontières maliennes et s’intéresse aux dynamiques régionales.

Le texte intervient aussi dans un contexte de recul de l’influence occidentale. Au Mali, comme au Burkina Faso et au Niger, les autorités militaires ont rompu ou fortement réduit leur coopération sécuritaire avec plusieurs pays occidentaux. La Russie est devenue un partenaire privilégié. Le projet américain demande ainsi au département d’État d’évaluer les conséquences de l’expansion de l’influence russe sur la gouvernance, la transparence et la stabilité régionale.

Le projet de loi ne se limite donc pas à demander davantage d’informations sur les groupes jihadistes. Il cherche à définir les contours d’une nouvelle politique américaine au Sahel. Washington veut notamment identifier les moyens de renforcer la coopération régionale, d’améliorer la coordination transfrontalière et de s’attaquer aux facteurs qui favorisent le recrutement jihadiste : pauvreté, déplacements de populations, tensions communautaires et faiblesse de la gouvernance.

L’initiative américaine intervient dans un Sahel où les réponses militaires successives n’ont pas permis de contenir durablement l’expansion des groupes armés. Elle pose aussi une question plus large : comment les États-Unis peuvent-ils conserver une capacité d’influence dans une région où leurs anciens partenaires se tournent vers d’autres puissances et où les régimes militaires revendiquent une plus grande autonomie stratégique ?

Le Mali Security Partnership and Counterterrorism Act constitue pour l’instant une initiative législative. Son dépôt ne signifie donc pas qu’une nouvelle politique américaine est déjà arrêtée. Mais il témoigne d’une volonté, au sein du Congrès, de replacer le Sahel dans les priorités sécuritaires de Washington et de construire une réponse qui ne repose pas uniquement sur l’outil militaire.

À travers le Mali, c’est ainsi l’ensemble de l’espace sahélien que le projet américain cherche à regarder : une région où se superposent désormais menace jihadiste, crise de gouvernance, économie clandestine, rivalités géopolitiques et compétition croissante entre puissances.

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