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Cameroun, les coulisses d’un pouvoir en suspens
Leslie Varenne analyse dans le Mondafrique, les failles d’un système sans dauphin désigné où la succession présidentielle devient l’otage de clans rivaux
 

(AfriquesPlus) - Derrière l’accalmie sécuritaire apparente marquée par l’endiguement de Boko Haram et l’atténuation de la crise anglophone, le Cameroun traverse une phase d’inertie politique majeure. Dans un texte publié le 8 septembre par Mondafrique, Leslie Varenne s’appuie sur les analyses du politologue camerounais Stéphane Akoa pour décrypter l’essoufflement d’un régime confronté à une transition bloquée, à l’absence de dauphin désigné et à un effacement diplomatique régional grandissant.

L’analyste  souligne que si les manifestations post-électorales d’octobre 2025 ont ébranlé les certitudes du pouvoir, cet élan contestataire s’est rapidement éteint. Réfugié en Gambie, le challenger Issa Tchiroma Bakary s’est enfermé dans une posture présidentielle virtuelle, tandis que Maurice Kamto demeure accaparé par ses activités professionnelles dans la sous-région, conduisant Stéphane Akoa à dresser un constat sans appel : « Il n’y a plus d’opposition au Cameroun ».

Le sommet de l’État se trouve quant à lui piégé par une réforme institutionnelle inachevée. Le 4 avril 2026, le Parlement a rétabli le poste de vice-président pour succéder directement au chef de l’État en cas de vacance, mais aucun titulaire n’a été nommé par Paul Biya à ce jour.

Cette carence juridique paralyse le mécanisme de transmission du pouvoir, d’autant que le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) ne dispose d’aucune modalité interne pour désigner un nouveau président.

Dans ce flou institutionnel accentué par le long séjour médical du chef de l’État à Genève, la Première dame Chantal Biya s’impose comme une figure centrale à la tête de réseaux d’influence actifs, tandis que la légitimité politique de son beau-fils Franck Biya reste encore embryonnaire.

Contrairement aux trajectoires des pays sahéliens de l’Alliance des États du Sahel, l’armée camerounaise ne jouera aucun rôle d’arbitre politique, assure l’universitaire. Issus d’un appareil qui les a promus et formés auprès de doctrines variées en Chine, en Israël, en Russie ou aux États-Unis, les généraux camerounais demeurent strictement cloisonnés et n’ont aucun intérêt à renverser le système établi.

Sur la scène extérieure, Yaoundé n’exploite guère sa position stratégique au carrefour du golfe de Guinée et de la CEMAC, Paul Biya s’abstenant systématiquement de participer aux sommets multilatéraux. Ce retrait laisse le champ libre aux initiatives de ses voisins comme le Tchad, le Gabon ou la Guinée équatoriale.

Enfin, l’influence française s’est totalement érodée avec le départ des grands groupes comme la Société Générale et EDF, sur fond d’un ressentiment populaire ancien bien antérieur aux mandats d’Emmanuel Macron.

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